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Wrong Cops

Ce qui frappe dans le cinéma de Quentin Dupieux, c’est son caractère systématique, sa prostration sur un univers distinctif. Plus classique dans son récit que Rubber, le film n’en travaille pas moins, une fois encore, au réassortiment compulsif de figures d’américanité, de la présence au générique de Ray Wise, interprète emblématique de Twin Peaks, à l’insistance sur l’insigne de la LAPD, qu’il traite justement en tant que signe. Lorsqu’un personnage palpe avec envie une pleine poignée de dollars, s’exprime ainsi autant sa fascination propre (“j’ai touché le pactole”) que celle du cinéaste pour l’objet dollar, en tant que monnaie de singe, érigée au rang de signe, encore. Un cinéma si américain, dans ses décors, ses motifs, qu’il ne peut à vrai dire qu’être l’œuvre d’un étranger, imaginaire passé au tamis d’un petit malin nourri de pop culture. Du Lynch narquois, miniaturisé, parfaitement opérant en l’état, mais aussi entravé par son deuxième, troisième ou quatorzième degré – à vrai dire, on ne sait plus trop – récurrent, où l’on raille donc, au sein même du film, la nullité d’un morceau composé par Dupieux lui-même. Régulièrement tenté par l’aberrant et le monstrueux – la difformité crânienne du personnage d’Éric Judor, le choix de faire jouer un adolescent au quadragénaire Marilyn Manson, ces arrêts sur image figeant parfois les visages dans une grimace – Wrong Cops opère la jonction hors-norme entre un canular surréaliste, Bad Lieutenant et Police Academy. C’est à la fois le prix de ce cinéma – agrégeant des motifs disparates en une forme cohérente – et sa limite : on peine à concevoir qu’il en excède un jour le territoire précisément circonscrit. _T.F.