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Winter Sleep

Malgré ses trois heures et quart, Winter Sleep est un film court, intensément court, comme un café serré – un café turc – dont l’amertume vous traverse de part en part. C’est sans doute la marque des grands films. Mais c’est également ce qui fait qu’on les repère de loin : contrôlé de bout en bout, implacable, intimidant même, Winter Sleep est un film qui en impose. Logique, donc, qu’il ait reçu cette année à Cannes la Palme d’or. Trois heures et quart : il faut bien tout ce temps pour dessiner ce sidérant portrait d’Aydin, notable de la steppe anatolienne ; pour que, à force de discussions feutrées avec sa femme et sa sœur et de confrontations avec un locataire désargenté, le vernis de sa respectabilité craque. Le héros apparaît ainsi comme le grand frère de ceux des Climats et des Trois singes, pour avoir la condescendance du premier (lâcheté de sexe) et la mesquinerie du second (lâcheté de classe). Dans le huis clos de ce grand nulle part, le cinéaste convoque Tchekhov, Dostoïevski ou Bergman pour filmer l’épuisement d’un homme qui ne réalise pas son propre épuisement. Il y a bien des scènes d’action dans Winter Sleep (une pierre jetée sur une vitre, la capture d’un cheval sauvage…), mais elles sont sèches et brutales. Il y a bien des instants en suspens, mais ils ne basculent jamais dans la pure contemplation. En fait, la majeure partie du film est occupée par de longues séquences dialoguées – au risque, il est vrai, d’épuiser le spectateur lui-même. C’est que quelque chose vibre toujours en-deçà des mots, qu’il faut du temps pour les dépouiller de toutes les afféteries du langage. C’est qu’il faut du temps pour aller à l’essentiel. Il faut du temps pour faire court. _C.L.