Warning: Cannot assign an empty string to a string offset in /home/www/fdcprod/wp-content/themes/hague/inc/template-custom.php on line 161
Search for content, post, videos

Vincent

Sur fond de plat pays brumeux, que traverse un troupeau de brebis conduit par un pasteur, une voix, gravillonneuse et fébrile, lit une lettre de Vincent à Théo, son frère. Il s’agit du premier sermon prononcé par Vincent alors qu’il envisageait de devenir pasteur. Ainsi débute cet étonnant portrait de Vincent Van Gogh, génie novateur – et quasiment autodidacte – de la peinture du XIXe siècle. Il naît en 1853 et se suicide en 1890, à l’âge de 37 ans, laissant au monde une œuvre immense, totalement ignorée, ou presque, de ses contemporains. Des huit cents toiles qu’il peignit, une seule, La Vigne rouge, fut vendue de son vivant, l’année de sa mort. D’origine néerlandaise, le réalisateur australien Paul Cox, auteur singulier, influencé, entre autres, par Bergman, Buñuel et Tarkovski, propose, dans ce film restauré de 1987, inédit en France, une plongée dans l’univers intime et tourmenté de Vincent. Fondé uniquement sur la lecture de lettres du peintre à son frère Théo, de quatre ans son cadet, avec qui il entretint une correspondance constante de 1872 à sa mort, ce parcours intérieur, où ne résonnent que les propos du peintre, confiés au timbre rocailleux, presque agressif, du grand John Hurt, semble déconcertant de prime abord. Peu de dates et de lieux cités, aucun discours extérieur ni photos… Seuls les mots de Vincent, ses croquis, ses esquisses, ses toiles et quelques séquences reconstituées de ce qui l’entourait, accordées à ses œuvres, composent ce paysage mental d’un homme habité tout à la fois par le génie et la folie. Bien loin d’une biographie classique, austère dans son principe et sa forme, le film réussit pourtant, en raison même de son postulat, à captiver. Une fois l’intention comprise, le spectateur se laisse envahir par la psyché de Vincent, par cette sensibilité exacerbée doublée d’une faculté sur-aiguisée d’auto-analyse. Du service de Dieu à celui de son art, de ses prêches dans le misérable Borinage – qui provoquèrent son exclusion – à son travail à Arles, où sa peinture explosa de couleurs tandis que son esprit sombrait, jusqu’à Auvers-sur-Oise où il fut enfin aidé par le docteur Gachet, la vie de Vincent fut une longue suite d’exaltations et de déceptions. La force des images de Paul Cox, soutenues par la voix de John Hurt, les musiques de Vivaldi et Rossini, tient à cette attention nouvelle accordée à une œuvre, aujourd’hui universellement appréciée et parfois galvaudée. La mise sous tension entre les propos de Vincent et ses œuvres donne ici profondeur et ampleur au tragique d’une vie vécue comme une mission tout entière consacrée à l’art, au détriment du confort. À travers le prisme d’un artiste dont la souffrance existentielle et la dépendance financière à son frère n’empêchèrent jamais la lucidité sur lui-même et sur son travail, qu’il commenta avec une redoutable précision, nos sens redécouvrent ses toiles, que l’on pensait connaître par cœur. Qu’importe alors la modestie des moyens… Vincent et son œuvre trouvent dans ce Tombeau, à la construction peu banale, la compréhension et la sincère reconnaissance qui leur firent bien souvent défaut. _M.D.