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Vent Se Lève

Biographie romancée de Jirô Horikoshi, (concepteur du tristement célèbre chasseur Zéro) ; chronique d’un errement collectif, celui d’un pays sur le sentier de la guerre ; mélodrame que circonscrivent deux visions d’anéantissement (le séisme de Kanto (1923) et, deux décennies plus tard, un champ de ruines fumantes scellant symboliquement la capitulation du Japon) : Le Vent se lève est tout cela à la fois. Mais le cœur du film est ailleurs, dans le portrait déchirant d’un homme aveugle à son temps et à ses semblables – exception faite d’un amour sitôt né, sitôt condamné -, les yeux tour à tour rivés à son pupitre ou au ciel, pour qui la vie n’aura été qu’un spectacle périphérique, une succession de visions fugaces et presque indéchiffrables (silhouettes défilant depuis la passerelle d’un train, victimes du régime nazi réduites à quelques ombres fuyant dans la nuit berlinoise), et le monde, une équation d’aéronautique, un matériau dont il faudra éprouver la prise au vent. Tout ce temps, Horikoshi n’aura fait que concevoir des avions en papier, dessiner des “châteaux dans le ciel”, machines rêvées donnant lieu à des visions oniriques d’une beauté incomparable, mais dont le film orchestrera l’effacement, au profit d’un resserrement progressif sur le réel, goulot d’étranglement où s’éteint – une fois pour toutes, si le film est effectivement, comme annoncé, le dernier de Miyazaki – la veine onirique de l’auteur. Avec Le Vent se lève, fresque historique au classicisme en trompe-l’œil, coupe franche opérée dans son propre cinéma, celui-ci expose le revers funeste des rêves qui auront tissé son œuvre, pour livrer un final ambigü et éminemment testamentaire. _T.F.