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Trap Street

Productrice des deux derniers films de Diao Yinan (dont Black Coal, Ours d’or au Festival de Berlin), Vivian Qu signe ici son premier long métrage. Trap Street : l’expression désigne ces rues fictives, placées sur les plans de ville et itinéraires routiers par leurs éditeurs afin de confondre d’éventuels plagiaires. La logique, pourtant, est ici inversée : c’est la découverte d’une rue bien réelle, mais absente des cartes, qui vaut au jeune Qiuming (Lu Yulai) d’être happé dans les zones d’ombre de la Chine contemporaine. Film noir désactivé (il en a potentiellement les attributs), romance empêchée, Trap Street est une œuvre allusive, dont le récit se dérobe devant l’explicite. D’autant plus qu’en épousant strictement le point de vue de son personnage, Qu veille à ce que l’on n’en sache jamais plus que lui. Peu importe, en définitive, de savoir qui regarde qui (quant au pourquoi, comme dans tout récit kafkaïen, il demeure hors de portée du personnage, semble-t-il livré à des forces inconnues), ni même si quelqu’un regarde (ce qu’exprime la cinéaste dans un plan saisissant, contre-plongée silencieuse sur Qiuming, capté par l’objectif d’une caméra de surveillance) : la possibilité d’un contrôle absolu vaut pour son exercice, avéré ou non. Trap Street esquisse ainsi une cartographie des angles morts (plans incomplets, images aux destinataires incertains, citoyens brièvement “retirés” de la circulation, autant de bugs dans le quotidien auxquels, de l’aveu même de l’auteur, la plupart des Chinois préfèrent ne pas prêter attention) d’un régime à la violence moins frontale que par le passé, mais opérant, et d’un œil diffracté et omniprésent, une surveillance généralisée. _T.F.