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Tout Va Bien

“Vous serez tous des clowns uniques et, en même temps, il y a des lois, les lois du comique”. C’est ainsi que s’ouvrent les deux ans de formation auxquels les héros de ce documentaire ont décidé de se consacrer. Infirmière, musicien, ancien de Maths sup, ils et elles ont des parcours bien différents mais se rejoignent dans ce désir commun de s’accomplir, de trouver leur place dans le monde. “Vous allez faire rire avec des choses que vous avez passé toute votre vie à cacher”. L’enseignement, forcément un peu étrange, a de quoi fasciner. Qu’est-ce qu’un clown ? Qu’est-ce que le public attend de lui ? Les phrases définitives sur l’essence de l’artiste comique pleuvent sur nos étudiants fébriles. Et puis la pratique commence. Jonglage, danse classique, masque… Jusqu’à cette séance d’improvisation particulièrement difficile pour une des participantes. La morgue avec laquelle le professeur assène ses critiques à la comédienne en pleurs est des plus irritantes. “Il faut se battre, aller au bout”, lance-t-il. Les élèves passent devant lui, pétrifiés, n’arrivant pas à se laisser aller. L’ambiance est glaciale. Mais c’est sans doute pour leur bien. Plus tard a lieu une curieuse séance de massage durant laquelle deux personnes papouillent une troisième. Celle-ci rit aux éclats, puis fond en larmes. “Tu ne dois rien garder, il ne doit rien rester à l’intérieur”, lui affirme-t-on. Ces accents très “développement personnel” parcourent le documentaire et finissent par interpeller. Si les enseignants sont à l’évidence de véritables connaisseurs de leur art, cette pédagogie de l’accouchement de soi au prix de larmes et d’humiliations pose question. La “sadisation” des élèves par un professeur, persuadé de détenir quelque vérité sur l’art de l’acteur, est un classique des cours de théâtre. Si on n’en est pas tout à fait là dans ce film, plusieurs séquences ne sont pas sans rappeler ce cauchemar, sans doute récurrent chez les comiques, à savoir : “Fais-moi rire !”. Des apprentis parlent de leur peur de passer devant le professeur, chargé de leur faire travailler leur “fibre clownesque”. Peur de lâcher prise, bien sûr, peur de se livrer, mais peur du jugement d’un enseignant un peu trop sûr de son fait, pourrait-on ajouter. Le film se suit avec intérêt, des premiers jours au spectacle de fin d’année, mais le manque de recul critique des auteurs vis-à-vis de l’enseignement pratiqué est tout de même un problème de taille. En effet, Zavatta n’a jamais fait d’école de clown (“Avant, les clowns étaient vieux, ils avaient beaucoup d’expérience. Maintenant, les gens qui viennent se former sont de plus en plus jeunes, c’est problématique”, dit un professeur). La pertinence d’un tel enseignement reste de fait éminemment discutable. Or, ce film se contente de s’émerveiller. Montage de témoignages en voix off sans que l’on sache qui parle, accent sur les poncifs de l’idéal du saltimbanque et pas un mot sur la question pourtant cruciale des débouchés professionnels. Il s’agit donc plus d’un reportage, d’un objet formaté et sans aspérité que d’un documentaire, qui travaille son sujet en profondeur. Le résultat est intéressant, touchant même parfois, mais en aucune façon révélateur ou informatif. _G.R.