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Timbuktu

Naturellement, il ne manquera pas de commentateurs pour évoquer l’habileté ironique et distanciée avec laquelle l’auteur de Bamako met en scène le régime de la charia qu’un groupe de djihadistes fait soudainement peser sur Tombouctou. Mais, à considérer qu’il s’agit là d’un problème réduit au monde musulman, à un assortiment de croyances qui ne nous concernerait que de loin, ils auraient tort. Car la “religion” d’interdire, aujourd’hui, est plus globalement devenue le seul horizon politique des sociétés modernes. L’intérêt du film ne tient pas à ses facultés de dénonciation, de mise en perspective d’une législation absurde, d’un État devenu un territoire lettriste, un agrégat d’idiomes que personne ne comprend. Ce dont ne peuvent douter les survivants d’un monde où chanter, s’amuser avec un ballon, fumer en rêvassant, relèvent d’un ensemble de gestes immémoriaux qui, venue l’heure des comptes, sera probablement le seul à pouvoir être versé au crédit de l’homme. Cependant, tout porte à croire que la focale de Sissako est plus large. À penser que Timbuktu est un film animalier dont la nature, l’inscription de l’homme dans le règne du vivant, la férocité dont il peut témoigner dans l’échelle de la prédation, sont l’objet tourmenté. En font preuve les séquences, sublimes, de la mort de la vache et d’une lapidation, expédiée en un plan d’une effroyable brutalité. Plan qui pousse par ailleurs à s’interroger : qu’est-ce que la durée d’un plan ? Est-ce celle dûment chronométrée du moment où il commence à celui où il prend fin ? Ou est-ce au contraire ce laps de temps, élastique et variable, pendant lequel il va s’imprimer dans nos rétines, hanter notre conscience ? _R.H.