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Terre Des Ours

Il était une fois, dans les laves rougeoyantes des trente volcans cernés par les fleuves de glace du Kamchatka, le peuple des 20 000 ours bruns sauvages qui, durant huit mois, attend la fin de l’hiver pour se réapproprier son gigantesque royaume. Ainsi pourrait commencer Terre des ours, le troisième documentaire animalier réalisé par Guillaume Vincent (Taïga, ceux qui marchent dans les pas du tigre, Les Oursons orphelins de la taïga), coécrit par Yves Paccalet et réalisé avec le concours essentiel des équipes de James Cameron, spécialistes de la 3D en relief. Dans cette contrée sauvage de l’Extrême-Orient russe, classée réserve naturelle de la biosphère protégée par l’Unesco, les ours ne sont plus chassés depuis des décennies et tolèrent donc la présence humaine. Le film s’immisce au plus près des plantigrades, sans les effrayer. Belle performance technique quand on sait qu’en hiver les températures atteignent -20 à -30° C ! Pendant 90 minutes, le spectateur se projette, au fil des saisons, dans la première année de vie solitaire d’un jeune ours de 4 ans. Séparé de sa mère et de sa sœur jumelle à l’âge de 3 ans, il sort de sa tanière, amaigri, à la fin de l’hiver, d’un quart de son poids, et gagne la vallée des geysers d’eau chaude, gage d’une nourriture verdoyante qu’il broute avec avidité. Il croise sa sœur parmi les fumerolles et, heureux de taquiner à nouveau les arbres printaniers avec puissance et douceur, joue avec elle, tout en mesurant sa force, non sans faire fi de la présence d’un mâle de 600 kg venu se baigner dans un torrent. Si la 3D en relief ne s’impose pas toujours au cinéma, force est de constater ici que le rendu de la profondeur des paysages, vallées, plaines et rivières est magnifique. Les minéraux, les herbes, l’eau et les poils des ours y sont palpables. Le silence et la pureté de l’hiver font place aux frémissements sonores du printemps, relayés par l’explosion d’une végétation estivale. Le jeune ours et ses congénères, rejoints par une mère allaitante et ses oursons, convergent vers des rivières grouillantes de saumons venus se reproduire. En l’absence de scènes de fiction, la voix off apporte ponctuellement des informations utiles sur le comportement des animaux, facilitant la compréhension du spectateur (50 millions de saumons de l’océan Pacifique bravent 4 000 km pour pondre à l’endroit exact où ils sont nés ; sens de la hiérarchie des ours pour accéder au festin ; vigilance des mères face à l’agressivité des chapardeurs). Parfois sous-marines, les caméras 3D réussissent à capter d’étonnantes scènes de pêche en gros plan, bien plus impressionnantes et drôles que celles, scénarisées, de L’Ours de Jean-Jacques Annaud. Ne songeant qu’à se nourrir en prévision de l’hiver imminent, les ours semblent indifférents à ce territoire grandiose préservé du monde des hommes. Sans discours moralisateur inutile, le réalisateur espère, avec ses images plus émouvantes qu’innovantes, faire prendre conscience au spectateur que chaque animal fait partie d’un tout, à sauvegarder coûte que coûte. _M.T.