Warning: Cannot assign an empty string to a string offset in /home/www/fdcprod/wp-content/themes/hague/inc/template-custom.php on line 161
Search for content, post, videos

Sunhi

On a souvent vanté, dans les romans de Stendhal, l’intelligence des analyses sociales et psychologiques, du style et des dialogues. Les films de Hong Sang-soo (Turning Gate, The Day He Arrives, In Another Country, Haewon et les hommes) recèlent aussi cette qualité, notamment avec Sunhi où, plus que d’habitude chez le cinéaste coréen, cela saute aux oreilles. Par sa façon subtile de montrer, par exemple, le sens très fort de la hiérarchie en Corée, dans des scènes où un personnage en appelle un autre d’en haut ou d’en bas, selon le sens de sa relation avec celui-ci. Intelligence aussi de la construction, qui met en valeur la variation d’un thème, d’une réplique passant de la bouche d’un personnage à celle d’un autre, avec une netteté de dess(e)in peu courante. Oui, comme chez les personnages de Sunhi, le désir est mimétique : on désire, bien plus souvent qu’on ne veut l’admettre, ce que les autres désirent. Oui, comme pour les trois hommes troublés par Sunhi, ce qu’on dit n’est souvent qu’une reprise, dans une nouvelle combinaison, de ce que l’on a déjà entendu (ou cru deviner). C’est ce que montre avec maestria Hong Sang-soo, c’est assurément ce qu’il “laisse entendre”. On peut s’en amuser, car il ne prend pas la chose au tragique, préférant dénouer, comme Marivaux, Sarraute ou même Rohmer, les mille et un petits fils de la trame perverse des dialogues, où des phrases paraissant anodines disent la violence et l’ambiguïté des sentiments. En cela, et Sunhi le démontre l’air de rien, l’œuvre du Coréen, plein de malice, emprunte autant aux analyses du XVIIIe siècle français qu’au romanesque du XIXe siècle._P.F.