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Sils Maria

Sils Maria ne se livre jamais complètement, et se dérobe toujours au moment où l’on pense en avoir trouvé la clef. Film retors ? Certes. Film abscons ? Certainement pas. Plutôt que de chercher à comprendre ce qu’Assayas veut nous dire, il est sans doute plus prudent d’être attentif à la forme de son expression. Nous croyons, au début, nous trouver dans un véhicule familier : le théâtre, Juliette Binoche, All About Eve en filigrane. Assayas joue avec Bergman, rien à signaler. Pourtant cette feuille de route tranquille, emblématique d’un classicisme européen de bon goût, doit composer avec la place qu’occupe Internet aujourd’hui. Comme contaminée par son langage et son dispositif, la structure du film s’apparente à un réseau, où les scènes s’enchaînent par jeux de connexions. Sur la toile et dans Sils Maria sont mis en rapport des contenus hétérogènes : Google, Bergman, YouTube, Marvel, le théâtre, le cinéma… Le spectateur est en quelque sorte invité à formater (dans le sens numérique du terme) son regard, quitte à voir son échelle de valeurs bousculée. Pas de séparation, ni de hiérarchisation des genres : le casting permet à l’héroïne de Twilight (Kristen Stewart) de dialoguer avec celle de Rendez-vous (Juliette Binoche). Ce qu’elles se disent, de là où elles sont, sur la création, le désir, la jeunesse et le deuil, est intéressant. Elles ne parlent pas la même langue, mais elles se comprennent. Sils Maria se conjugue au présent, et a nécessité, de la part d’Assayas, une belle mémoire, une sensibilité à l’air du temps et un appétit pour de nouveaux défis. Dernier paradoxe, ce film de cinéaste, d’une grande intelligence théorique, est aussi un très beau film d’actrices. _J.C.