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Shirley

Nous risquons peu de nous tromper en affirmant que Gustav Deutsch idolâtre la peinture d’Edward Hopper, idolâtrie si forte qu’elle le conduit à ne la prendre que comme un fétiche désincarné de l’art. Il s’agissait ici de donner à voir une intrigue fictionnelle (des scènes prélevées dans le quotidien d’une femme, entre 1931 et 1963), dans des décors composés d’après les œuvres du peintre américain. Or, la plupart du temps, la reconstitution au cinéma de l’univers d’un peintre, voire de quelques-uns de ses tableaux, condamne les films à faire du sur-place. Le goût de certains cinéastes pour l’embaumement des images qu’ont produit des siècles de peinture peut alors s’interpréter comme un aveu d’impuissance et être qualifié de mortifère. Si encore ils faisaient de ce goût le sujet de leur travail… Que l’on cite telle ou telle peinture, soit, mais à la condition de ne pas vouloir “arrêter” et fixer ce qui en fait la force, le mouvement interne, les tensions ; à la condition que le mort qu’il y a dans la reproduction du même ne saisisse pas le vif de l’œuvre unique, autrement dit ne réduise pas l’aura (pour reprendre la notion de Walter Benjamin) d’un tableau à sa reproductibilité. C’est malheureusement ce que fait ici le réalisateur, bien que son entreprise ne soit pas, en elle-même, inintéressante (et dénote par endroits, sa belle lumière aidant, des vertus contemplatives). Pourtant, le cinéma est à même d’éviter cette impasse… Quant à la voix intérieure de Shirley, c’est à un autre minimalisme qu’elle emprunte, celui de l’écrivain Raymond Carver, mais sans prétendre vraiment à son sens du récit. En clair, si le film ravira les amateurs de Hopper, les autres risquent fort de s’impatienter. _P.F.