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Sel De La Terre

Wim Wenders a découvert le travail du photographe Sebastião Salgado au hasard d’une visite dans une galerie, dans les années 1980. Les deux tirages qu’il avait achetés à l’époque n’ont pas quitté son bureau depuis. C’est de la collaboration entre le cinéaste allemand, lui-même photographe, et Juliano Ribeiro Salgado, le fils de Sebastião, qu’est né Le Sel de la terre. On imagine donc un documentaire à la forme conventionnelle et aux contours vaguement hagiographiques, pour rendre hommage à un “personnage d’exception”. Si les amateurs du travail du photographe n’apprendront sans doute pas énormément sur ses méthodes, il faut constater que l’approche adoptée par Wenders et Salgado fils est plus subtile et intelligemment didactique. Wenders va ainsi se mettre en scène pour se présenter au spectateur et introduire le projet. Il va en faire de même pour son coréalisateur, précisant que Juliano a suivi son père lors de plusieurs de ses expéditions. Wenders discute avec Salgado de son travail, tandis que Salgado fils se focalise sur le photographe en action. Les deux auteurs ouvrent alors les portes vers un voyage dans l’univers photographique de Sebastião Salgado, mais aussi dans l’Histoire. Le travail de Salgado est lié à des événements ou à des thématiques qui ont marqué la planète, et sa vocation de photographe est un acte de foi. À la fin des années 1960, Sebastião suit une formation d’économiste à São Paulo. Avec sa jeune épouse, Lélia Wanik, il fuit la dictature brésilienne et s’installe à Paris en 1969, où il étudie à l’Ensae. Deux ans plus tard, il est recruté par l’ICO (International Coffee Organization) à Londres. Promis à une brillante carrière d’économiste agricole, Sebastião, en accord avec sa femme, plaque tout avant la naissance de leur premier enfant, Juliano, en 1974. Sa passion, c’est la photographie : un art et une profession qu’il apprend en autodidacte. La qualité de son travail lui permettra de travailler pour de grandes agences respectées (Sygma, Gamma et Magnum), mais l’éloignera de sa femme et de son fils. Wenders va puiser dans les archives familiales, les films d’époque des Salgado, pour raconter le quotidien d’un père constamment en voyage. Au fil des tirages que commente Salgado, Wenders esquisse le périple humain qu’a effectué l’artiste : son caractère humaniste, son regard critique sur la société moderne – son reportage La Mine d’or de Serra Pelada revenait sur les conditions de travail des mineurs brésiliens par le biais de prises de vue cauchemardesques -, sa volonté de montrer sans restriction la misère du monde et d’ouvrir les yeux de ses contemporains… Au point de perdre espoir. Après un reportage sur le génocide rwandais, Salgado doute du sens de son travail. Le film présente ses photos de l’époque, éprouvantes. L’artiste a retrouvé espoir en photographiant la nature – pour un nouveau livre, Genesis, publié en 2013 -, après être retourné, avec Lélia, au Brésil. Là-bas, ils ont fondé l’Instituto Terra, dédié à la reforestation du Brésil, et sont parvenus à créer une réserve naturelle. C’est sur le discours d’un homme apaisé, un photographe marqué par ce qu’il a saisi sur pellicule, que Wenders et Salgado fils concluent ce documentaire pas comme les autres. _Mi.G.