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Se Battre

En définition au verbe “se battre”, le Robert propose “se donner mutuellement des coups”. Se battre commence donc légitimement par les coups de poings et de pieds, que se donnent mutuellement deux jeunes gens sur un ring. Si ce nouveau film de Jean-Pierre Duret et Andrea Santana – talentueux couple de documentaristes – ne fait pas d’un sport de combat son beau souci (encore que), il n’en est pas moins le chroniqueur de l’affrontement dans lequel sont engagés, à leur corps défendant, huit individus de Givors – ville moyenne, autrefois industrielle, située, entre le Rhône et le Gier, sur l’axe Saint-Étienne / Lyon – mais ce pourrait être n’importe où ailleurs dans l’Hexagone, tant sont désormais nombreuses en France les personnes entraînées dans un combat similaire. Gagner un combat, chacun le sait, revient à y mettre fin avant que l’adversaire ne le fasse lui-même. Il s’agit donc pour les protagonistes du film de “s’en sortir”, d’en finir avec l’adversité, de trouver une issue à ces difficultés que sont le travail mal payé, les perpétuelles chicaneries des agences pour l’emploi, l’accumulation des factures impayées, les CV sans réponses, le sentiment de culpabilité et l’effacement progressif du monde social qui en résultent, toutes choses devenues si courantes que l’on se dispense la plupart du temps d’en parler. De telle sorte que chacun d’entre eux, qu’ils aient un travail ou non, qu’ils soient jeunes ou plus tellement, actifs ou retraités, pourrait faire sien tel constat de Coluche : “Le plus difficile, c’est la fin du mois, surtout les trente derniers jours”. Ainsi témoignent-ils tour à tour de cette activité quotidienne, et pénible, qui consiste à se battre. Comme l’induit le titre du film, il s’agit moins d’un documentaire sur la précarité, ou la misère, sur des gens que celle-ci aurait déjà mis à terre, que sur des êtres qui, déterminés à rendre coup pour coup, lui font face au jour le jour, lui tiennent tête. Dans le même esprit, le film rend hommage aux nombreux bénévoles – dont la situation parfois n’est pas meilleure – qui entrent dans la bagarre, les coachent, leur viennent en aide, infatigable armée des ombres sans laquelle l’état des lieux serait pire encore, la solitude et le déclassement toujours plus dramatique. Émouvant, le film l’est assurément, sans pourtant chercher à l’être particulièrement. C’est si peu son objectif qu’il serait plus juste de préciser que ce sont la parole de ces personnes, leurs espoirs, cet esprit de résistance dont ils sont pleins, qui serrent le cœur et dans lesquels nombre d’entre nous se reconnaîtra. “Filmer, disent les réalisateurs, c’est prendre soin de l’autre”. Se battre démontre qu’il ne s’agit pas d’un vœu pieu, d’un principe charitable voué à scintiller dans une note d’intention… Avec les moyens qui sont les leurs – un rare sens du cadre, de la durée, de l’écoute… – dans un style fait de pudeur, de retenue et de respect, Jean-Pierre Duret et Andrea Santana enfilent les gants, montent sur le ring et entrent à leur tour en résistance pour rendre compte de ce qu’est, ici, sinon la condition humaine, la vie d’hommes et de femmes, nos proches, nos frères humains : rien d’autre qu’un sport de combat. _R.H.