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Sangue

Delbono arpente les rues désertes de L’Aquila, ville fantôme depuis le séisme d’avril 2009, dont il filme les murs fissurés avec sa petite caméra. Puis on assiste à un enterrement. Un groupe se trouve là, levant le poing, saluant l’ancien chef des Brigades rouges napolitaines. “C’est Giovanni qui m’a demandé de l’accompagner” nous dit Delbono. Giovanni Senzani, qui avait purgé dix-sept ans de prison pour l’enlèvement et le meurtre de Roberto Peci – lequel avait eu le malheur d’être le frère du premier brigadiste “repenti” – avait rencontré Delbono lors d’un spectacle du metteur en scène. S’ensuit un long extrait dudit spectacle, dont Delbono tient, semble-t-il, le rôle principal. Puis l’acteur passe du temps avec sa mère, gravement malade, qui lui parle d’apparitions de la Vierge. Plus tard, elle lit à haute voix un texte de saint Augustin. Après plusieurs extraits de spectacles, on la retrouve, souffrant le martyre. Delbono nous apprend en voix off qu’on lui a parlé d’un remède miraculeux contre le cancer, à base de venin de “scorpion bleu”, et se rend en Albanie pour s’en procurer. Les scènes s’enchaînent alors, entre l’agonie de sa mère et les discussions avec Giovanni, portant sur la guérilla, le meurtre, l’arrestation et la torture. Puis, la mère du metteur en scène décède… Comme dans Amore carne, le précédent film de Delbono, le spectateur se retrouve face à un collage de moments plus ou moins intimes, captés par une petite caméra et accompagnés d’une voix off volontiers sentencieuse. À cette différence près que, cette fois, un récit se dégage de l’ensemble, les derniers instants de la mère et l’évocation du passé de Giovanni étant les deux fils que déroule le cinéaste. Si elles ne nous apprennent pas grand-chose au sujet des Brigades rouges, les confidences de Giovanni Senzani ne manquent pas d’intérêt. Mais Delbono ne le pousse pas dans ses retranchements, et s’arrête là où commence le dilemme moral, Senzani se bornant à dire, au sujet du meurtre de Peci, qu’en dépit du dégoût que cela suscita chez lui, “c’était une décision politique”, et qu’il fallait « achever cette action ». C’est un peu court, jeune homme, serait-on tenté de dire… Autre problème : la façon dont Delbono montre le cadavre de sa mère. Après avoir filmé d’autres corps dans la chambre funéraire, il arrive finalement au cercueil de celle-ci, la filme longuement et ajoute, sur ces images, une chanson de Stephan Eicher, laquelle a pour effet de banaliser le moment et de le faire basculer dans une émotion bon marché. Lorsqu’il filme ensuite, de près, les soudures effectuées sur le couvercle du cercueil, c’est au tour d’une chanson de Camille de nous expliquer la scène. Ajoutons à cela le fait que Delbono se filme sanglotant au volant de sa voiture, achevant ainsi de créer un malaise, lié à une impression de recherche d’effet et d’auto-commentaire permanent, dépourvu du moindre recul. Si le film trouble parfois, s’il s’avère plus convaincant, plus substantiel que le précédent, il est néanmoins lesté d’un réel manque de finesse, d’une quantité de plans inutiles et sans charme, ainsi que d’un esprit de sérieux