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Saint Laurent

Depuis L’Apollonide, Bonello est entré dans une phase de sa carrière où, comme bien d’autres avant lui (Cronenberg, Almodóvar…), il quitte une certaine sauvagerie de la marge pour orchestrer lui-même (plutôt que de laisser d’autres le faire) l’assimilation de son univers à un cinéma, sinon plus classique du moins plus “officiel”. Biopic et film de commande, Saint Laurent confirme cette orientation, mais aussi la rigueur du cinéaste, qui, en dépit de nouvelles contraintes, continue à creuser obstinément son sillon. Ainsi, il reste ici, notamment, fidèle au principe d’associations d’idées sur lequel se fondaient tous ses films précédents. Car ce biopic n’est pas élaboré autour d’une ligne narrative (la biographie, racontée par le projet concurrent de J. Lespert, mais d’une constellation d’images, générée par une question : Saint Laurent, c’est quoi ? Réponses possibles : un créateur, “toute une époque”, un personnage de Proust ou Visconti égaré dans un autre temps, une entreprise, un maniaque semblant sorti d’un giallo, une certaine idée de l’élégance, une icône… Remarquable composition, architecturale et musicale, le film amalgame ces différentes pistes et se déploie comme un escalier en colimaçon, serpentant autour de l’axe Saint Laurent. Plus il progresse, plus il s’élève, et plus il produit du vertige. À la fin, les repères se brouillent. Et, dans un étonnant ping-pong entre flash-backs et flash-forwards, Bonello réussit à abolir le présent de la narration et à inventer un temps entièrement subjectif. On peut ici regretter le mélange de fébrilité, d’urgence et d’exaltation qui donnaient à De la guerre ou au Pornographe leur dimension de “films de chevet”. Mais on ne peut aussi qu’admirer le panache et la virtuosité qui donnent à Saint Laurent son statut de “toile de maître”. _N.M.