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Résistance Naturelle

Après s’être essayé avec plus ou moins de bonheur à la comédie (Rio Sex Comedy en 2010), Jonathan Nossiter revient au genre et au sujet qui lui avaient assuré succès et reconnaissance : le documentaire sur le vin. Résistance naturelle vient ainsi apporter une nouvelle touche à l’impressionnant tableau que dressait Mondovino (2004) d’un monde viticole globalisé soumis aux lois du marché. Tout aussi nécessaire et pertinente, cette nouvelle dénonciation des dérives capitalistes (désastre écologique, toute-puissance des industries agro-alimentaires, contraintes des règlementations gouvernementales, obsession de la norme et formatage du goût) est toutefois plus modeste et confuse. Confuse, d’abord, puisque le documentaire est entrecoupé d’extraits de films d’actualité italiens, de grands classiques (La Ruée vers l’or, Le Crime était presque parfait, Au hasard Balthazar, Rome, ville ouverte, Le Marquis s’amuse…) et d’une improbable séquence en animation moquant le “retour à la terre” des citadins. Plutôt séduisante, l’idée de départ (lier les vins aux films et nouer la question de la préservation de la vigne à celle de la conservation du patrimoine cinématographique) est simplement énoncée et répétée, sans jamais être développée. Ce jeu de montage finit par n’être alors qu’un gadget clin d’œil. Ensuite, Résistance naturelle est un film modeste car, contrairement à l’enquête fouillée dont témoignait Mondovino, il se concentre sur une poignée de vignerons italiens, partisans de vins “biodynamiques”, qui, soumis à une réglementation européenne de plus en plus stricte, se sont retrouvés exclus du label DOC (l’équivalent italien de l’Appellation d’Origine Contrôlée) censé garantir l’authenticité d’un vin. Résistants, ces agriculteurs le sont donc par nécessité, ou plutôt par fidélité à leur terre et à leur héritage, défendant une approche en accord avec les rythmes de la nature, refusant les traitements chimiques, l’emploi de désherbants ou l’ajout de soufre. Autour d’un bon repas ou au cours de promenades dans leurs vignes du Piémont, de l’Émilie, de Toscane ou des Marches, Jonathan Nossiter les filme à la volée, transmettant un peu de leur philosophie (“C’est la terre qui parle, nous ne sommes que des intermédiaires”), de leur humour (“À force de manger des sandwichs sous vide, c’est nous qui sommes vides”) ou de leur inquiétude (“Avec des amendes à 50 000 ou 100 000 euros, mon domaine meurt”). L’urgence du tournage (cadres tremblants et approximatifs) dit quelque chose de l’urgence qu’il y a, aujourd’hui, à écouter ces paroles qui, si elles ne cessent de convoquer le patrimoine et le terroir, n’en sont pas pour autant d’un autre âge, rappelant même combien la préparation de l’avenir – et jusque la possibilité d’innover – suppose une compréhension respectueuse du passé. Malheureusement, en se contentant de ces seules paroles, sans jamais les faire entrer en résonance avec d’autres (y compris contradictoires), Résistance naturelle ne prêche que des convaincus, sans dépasser son statut de tract militant. Attachant, certes, mais anecdotique et rigoureusement inoffensif. _C.L.