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Repas De Famille

Bruno chante du Jean Ferrat, joue de la guitare, planifie ses vacances, a une Renault, donc c’est un prof et il est de gauche. Bernard a des maîtresses, une grosse baraque, une grosse bagnole et de grands projets pour sa commune ; il a le réflexe du chasseur et appelle son chien Fabius, donc c’est un arnaqueur et il est de droite. Et chacun charrie l’autre. Voici les premiers des clichés qui, dans ce film, défilent sans discontinuer, sur les ados, la drogue, les couples libérés, le désir des épouses, les curés et même Jésus-Christ (“Si Jésus était vivant, il serait contre l’aéroport de Nantes”). Ce catalogue de préjugés est affligeant, et la manière de les enfiler, pesante et dépourvue de tout style. Les Chevaliers du fiel avaient peut-être la pêche, à deux, sur une scène de café-théâtre ou en direct à la radio, mais ils ratent leur passage au cinéma : jeu d’acteurs trop appuyé, rythme poussif, imagination minimale, manque d’une folie délirante qui justifierait la lourdeur de l’inspiration, bref, absence totale d’humour. Plus grave encore : il n’y a pas la moindre idée de mise en scène. Pierre-Henry Salfati avait plus d’ambition il y a ving-cinq ans, quand il dirigeait, dans Tolérance, Rupert Everett et Anne Brochet. Le tableau sinistre de la France profonde que brosse le film n’a pas de vertu dénonciatrice, il n’est que complaisant. Si les interprètes avaient quelque tendresse pour leurs veules personnages, ils les humaniseraient et on serait prêt à les excuser, mais ce n’est pas le cas : désincarnés, ils ne nous touchent pas. Pour l’anecdote, précisons que le film est dédié à Carlo Varini, directeur de photographie (notamment pour Luc Besson) disparu en 2014. On aurait pu rêver pour lui d’un plus bel hommage… _M.B.