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Rencontres

Vue aérienne sur le célèbre gris des toits de Paris, en été. Soleil et robes légères, terrasses bondées et atmosphère propice aux rencontres. En espérant trouver l’âme sœur, une dizaine d’hommes et de femmes célibataires, d’âges et de milieux socioprofessionnels différents, se donnent rendez-vous pour la première fois dans des cafés. Rencontres offre l’opportunité d’observer leurs comportements, révélant, parfois à l’insu de ceux-ci, des caractères plus ou moins aimables. Pour ce faire, Maroussia Dubreuil et Alexandre Zeff organisent de longs face-à-face en plans fixes, la caméra enregistrant ainsi émotions et attitudes grâce à un regard, un silence, souvent plus parlant que les mots échangés. Le dispositif de tournage, auquel les intervenants se sont prêtés de bonne grâce, consiste à équiper d’un micro HF le premier arrivé au lieu de rendez-vous, puis le second, avant qu’il ne rejoigne le premier à sa table, face à laquelle une caméra fixe a préalablement été installée. La trentaine, Vilma, apparue la première à l’image, se refait une beauté en attendant Clément. Puis c’est au tour de David et Barbara, face à face, de Daphné et Daniel, côte à côte, de Geoffrey et Anna, Anglaise ne comprenant pas le français, de Lassana découvrant le “Perrier-rondelle” de Marine. Alternativement, la caméra s’immisce dans les échanges des cinq premiers couples, agissant comme le révélateur de leur (in)capacité à intéresser l’autre. Le spectateur prend vite conscience que ce moment de déséquilibre entre fantasme et réalité se révèle décevant pour la plupart d’entre eux. La passion de Vilma pour l’origami indiffère Clément ; à 40 ans, Barbara est déçue d’apprendre que David vit à Provins ; Daphné, la cinquantaine, prend congé, ne goûtant guère la vie normande en camping-car de Daniel ni son adultère avant son divorce ; incommunicabilité décourageante d’Anna et Geoffrey ; incompatibilité d’intérêts entre Marine et Lassana. L’une des qualités de ce documentaire tient à ses dialogues, que l’on croirait écrits après réflexion, frôlant parfois le comique de l’absurde, façon Copi ou Feydeau (quiproquos franco-anglais, description de Provins, “l’URSS de la Seine-et-Marne”). Après quelques gros plans de transition, muets, sur le visage anonyme d’hommes et de femmes, l’œil aux aguets ou dissimulé derrière des lunettes de soleil, les deux cinéastes introduisent d’autres couples sur fond de brouhaha urbain. Guère plus chanceuse dans sa quête, Marie-Claire, sexagénaire dynamique, agite nerveusement son éventail rouge, exaspérée par le discours nombriliste d’Yves, qui vit encore chez sa mère (“Il est grave celui-là !”). Même sentiment chez Elora, la trentaine, devant le bavardage incessant de Simon, ou de Florence face à un James inculte, et accro à la télévision. A contrario, Inès et Thomas, jeunes bacheliers, prolongent leur rencontre par une partie de shopping. C’est sur le couple prometteur que forment Corinne et Patrice, la caméra s’éloignant discrètement pour ne pas troubler leur soirée, que s’achève cet exercice délicat, qui met en évidence qu’il n’est pas facile de sortir de la solitude ni de trouver chaussure à son pied. _M.T.