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Qu’il Est Étrange De S’appeler Federico

Retiré des plateaux depuis dix ans, Ettore Scola revient ici derrière la caméra pour évoquer Fellini, à l’occasion des 20 ans de sa mort. Toutefois, il ne s’agit aucunement d’une biographie ou d’un hommage officiel. Ce que raconte ici Scola, c’est “son” Fellini. Il ne conserve donc du parcours du maestro que les points où il croise le sien : depuis l’époque où le petit Ettore a découvert le nom de Fellini dans les colonnes de l’hebdomadaire satirique Marc’Aurelio, dont il faisait la lecture à son grand-père, jusqu’au jour où il a réussi à convaincre son ami Federico de jouer son propre rôle dans son Nous nous sommes tant aimés. Scola dresse ainsi le portrait d’une sorte de grand-frère, âgé d’une dizaine d’années de plus que lui, qui lui a toujours comme ouvert la voie (à sa suite, il intégrera à son tour le Marc’Aurelio, puis, comme lui, débutera comme scénariste, avant de passer à la réalisation), et avec lequel il semble avoir entretenu pendant quarante ans une relation tendre, respectueuse et pudique. Pour raconter cela, il opte formellement pour une sorte de voie médiane entre documentaire et fiction, en mettant en scène des reconstitutions de ses souvenirs, tout en les présentant comme des sortes d’apparitions se projetant sur les murs vides du Teatro n° 5 de Cinecitta, où Fellini régna pendant des années. Mais, au-delà de ce parti pris, la vraie bizarrerie du dispositif de Qu’il est étrange de s’appeler Federico tient au fait que Scola, tout en jouant franchement la carte personnelle (raconter Fellini à travers ses propres souvenirs), se refuse à recourir au récit à la première personne, et s’en remet à un narrateur fictionnel (physiquement présent à l’écran), directement inspiré de celui d’Amarcord. Du coup, ces évocations, en général plutôt drôles, manquent de chaleur et ne parviennent jamais vraiment à susciter la complicité du spectateur. C’est d’autant plus dommage que la dimension intime est le principal atout de ce film, par ailleurs assez mal rythmé (Scola étire trop complaisamment son évocation de la vie au Marc’Aurelio) et ponctué de “à-la-manière-de” felliniens, le plus souvent assez embarrassants… Enfin, malgré une volonté évidente d’user d’un ton léger, dans un style purement “comédie italienne”, le film laisse peu à peu apparaître une forte coloration funèbre. En effet, Scola fait parler de lui à la troisième personne et traite son propre personnage de façon tout aussi spectrale que ceux de Fellini et de Mastroianni (représentés par des silhouettes enveloppées dans la nuit). Autrement dit, il se présente comme quelqu’un qui est déjà passé de l’autre côté et qui a plus à dire à ses amis morts qu’à ses spectateurs vivants… Néanmoins le film reste ponctué de plaisantes anecdotes, dévoilant par moment un Fellini un peu différent de celui que l’on connaît. Ainsi, la partie la plus intéressante du film évoque le goût du cinéaste pour les virées nocturnes en voiture, au cours desquelles il embarquait amis ou inconnus, pour tromper l’insomnie et se nourrir de récits de vie… _N.M.