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Ponts De Sarajevo

Une fois n’est pas coutume dans nos pages où sont généralement détaillés les courts métrages qui composent un programme, nous tenterons, autant que faire se peut, de considérer cette œuvre comme collective, puisqu’elle le revendique. Dans le cadre des commémorations du centenaire de la guerre de 14-18, le critique et écrivain de cinéma Jean-Michel Frodon, directeur artistique de ce projet, a sollicité treize réalisateurs européens, d’âges et de notoriétés différents. Chacun s’est engagé à réaliser un court métrage de 6 à 8 minutes sur Sarajevo, de 1914 à nos jours. Treize regards, donc treize sensibilités, treize expériences, reliés par des séquences animées, signées François Schuiten, illustrant l’importance physique et métaphorique des ponts dans l’histoire de la ville. Se dessinent, effectivement, au fil de ces vignettes, la richesse culturelle de cette cité du cœur de l’Europe, les enjeux historiques et politiques dont elle fut le théâtre, les strates des différents apports, religieux entre autres, qui la constituèrent au gré des conquêtes, les stigmates du long siège dont elle fut victime de 1992 à 1996, la souffrance de ses habitants et leurs espoirs présents. En cela, le film reflète sans conteste la volonté de rendre hommage à une ville dont les habitants ont réussi, au-delà des pertes subies, à restaurer un minimum d’harmonie et un idéal commun. Toutefois, les formes et les manières sont ici trop disparates, ne serait-ce que par l’alternance des fictions et des documentaires, pour donner le sentiment d’un ensemble homogène. Restent alors des moments poignants, des images fortes, des minirécits, plus ou moins marquants mais, dans leur ensemble, réussis. Parmi les pépites, persistent, dans le désordre : la malicieuse et touchante rencontre, dans un cimetière, d’un petit footballeur et d’une pimpante quinquagénaire, de la Franco-Suisse U. Meier, les visages de combattants disparus, face à la caméra, en surimpression sur fond de vitalité urbaine, traités par l’Ukrainien S. Loznitsa dans un superbe Noir & Blanc, le dialogue à l’humour surréaliste et décapant d’un couple, un soir de réveillon, du facétieux Roumain C. Puiu, ou encore l’album de souvenirs intimes et de blessures encore vives, de la jeune et déjà confirmée réalisatrice bosniaque, A. Begic. L’Espagnol M. Recha et l’Italien V. Marra évoquent l’exil, car c’est aussi un dommage de guerre que le départ des civils menacés. Le Bulgare K. Kalev, l’Italien L. Di Costanzo et le Serbe V. Perisic reviennent quant à eux sur la Grande Guerre, tandis qu’I. Le Besco découvre Sarajevo à hauteur de son Little Boy. À tout seigneur… Est aussi présent comme l’un des auteurs J-L. Godard. Sensible, dès 1993, à la tragédie bosniaque, et auteur à l’époque d’un beau et court Je vous salue Sarajevo, déplorant la mort d’un certain art de vivre, il le mixe ici avec la radicalité parfois absconse de son Adieu au langage. Si toutes ces voix ne forment sans doute pas le chœur espéré, elles font néanmoins preuve d’assez de qualités et de talents pour honorer dignement ce creuset de civilisations rayonnant que demeure la vaillante Sarajevo, envers et contre tout. _M.D.