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Patria Obscura

Photographe documentaire pour une agence, Stéphane Ragot a longtemps voyagé et questionné l’identité des autres, avant de se tourner vers sa propre histoire. Il y a quelques années, il a entamé un travail d’enquête sur sa famille, pressentant que des réponses qu’il obtiendrait découlerait une meilleure compréhension de sa propre vie et, sans doute, une explication de son travail sur la mémoire. Ainsi, il part sur les traces de ses grands-parents, paternels et maternels. Son enquête le conduit à rechercher quelles étaient les origines de son grand-père paternel, fils d’une fille mère et d’un père inconnu. Essayant de révéler les non-dits et les secrets familiaux ensevelis sous une honte tenace, il finit par retrouver la piste d’un pharmacien dont il suppose qu’il aurait été son arrière-grand-père. Celui-ci avait écrit un livre sur le massacre d’Oradour-sur-Glane. En parallèle, il s’interroge sur le passé de son grand-père maternel, soldat décoré par le général de Gaulle lui-même, qui a traversé le XXe siècle en militaire exemplaire et en patriote dévoué, donc sans états d’âme. La reconstitution du puzzle de sa propre vie, que Ragot tente de montrer pendant une bonne partie du film, est assez passionnante. Il parvient ainsi à ménager un certain suspense et, même si l’on perçoit bientôt quelle est la nature des secrets qu’il tente de dévoiler, on prend un certain plaisir à le suivre à travers la France sur les traces de ses ancêtres. D’autant que le réalisateur, dans un souci permanent d’honnêteté, n’épargne jamais sa propre famille. Mais l’intérêt que l’on ressent pour ses recherches s’érode petit à petit. Comme si Stéphane Ragot voulait trop en dire, dans ce premier film si personnel. Il en va ainsi de son rapport à la photo et du passage de l’argentique au numérique, qu’il peine à raccorder à l’histoire qu’il est en train de raconter. De même, la tentative d’extrapolation de son sujet peine à convaincre. On comprend bien quel est l’enjeu du documentaire : en racontant sa “petite” histoire, il aimerait déboucher sur un sujet plus universel, sur la problématique de l’identité en général, en posant celles du patriotisme et du rapport à la nation, quand chacun est finalement si peu sûr de sa propre origine. Mais le montage est souvent un peu aléatoire et la démarche, trop volontariste, comme dans les plans de manifestations de sans-papiers, qui viennent illustrer un peu facilement le propos. On pense souvent au travail du dramaturge québécois Wajdi Mouawad, qui n’a de cesse, lui aussi, de poser les questions de transmission et d’identité. Mais là où Mouawad, dans un registre totalement fictionnel, fait confiance à son histoire, Ragot s’éparpille souvent et ne trouve que rarement l’équilibre qui lui permettrait de ne pas lasser le spectateur. En définitive, Patria obscura dessine en creux le film passionnant qu’il aurait pu être. Pour autant, les questions qu’il pose sont suffisamment intéressantes pour perdurer au-delà de sa projection et en faire un film politique dont la présence sur nos écrans, à l’heure où la question de l’identité nationale n’a jamais été aussi discutée, est plus que justifiée. _D.N.