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Pasolini

En s’attaquant à un portrait de Pasolini, Ferrara prenait le risque de tomber dans bien des écueils. Et, contre toute attente, il les esquive à peu près tous. En effet, on ne trouvera ici aucune élucubration complotiste autour du meurtre de Pasolini, aucune complaisance sur la dimension crapoteuse du fait divers, aucun laisser-aller narcissique sur l’air de “Nous autres, cinéastes sulfureux…”, aucune clé psychologique pour tenter de nous dire qui était le “vrai” Pasolini… Le secret de cette rigueur retrouvée ? À l’évidence, le respect et l’admiration que le cinéaste italien inspire à son homologue new-yorkais. Soucieux de ne pas se laisser déborder, Ferrara a choisi de s’appuyer essentiellement sur des textes de son maître (le roman Pétrole, la dernière interview de Pasolini, le scénario Porno-Teo-Kolossal) et, qui plus est, a délégué l’écriture du scénario à M. Braucci (fidèle collaborateur de Matteo Garrone). Le film laisse ainsi la parole à Pasolini (et à lui seul), et – tout en s’en tenant au récit d’une seule journée – parvient à faire coexister les trois facettes du personnage : le poète, l’intellectuel et le cinéaste. Le film substitue alors à l’exercice du biopic traditionnel un portrait en volume, où s’entremêlent harmonieusement des blocs de vie (vie intérieure, vie intellectuelle, vie publique, vie imaginaire…), en laissant les choses à leur mystère et le spectateur à sa liberté de les comprendre et les ressentir à sa façon. Faisant le choix de décrire Pasolini comme une sorte de pensée en mouvement, plutôt que comme un être humain fait de chair, de sang, de psychologie et d’anecdotes privées, le film pourra paraître froid et conceptuel. Pourtant, c’est bel et bien d’une déclaration d’amour, délicate et poignante, qu’il s’agit. _N.M.