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Palerme

Premier long métrage d’Emma Dante, réalisatrice italienne réputée d’un théâtre d’avant-garde, Palerme reprend son thème favori de l’identité palermitaine. Tourné en grande partie dans le décor réel de la Via Castellana Banderia du quartier de Bonnano, dont les habitants figurent dans la scène finale, deux femmes retranchées dans leurs voitures respectives, aussi butées l’une que l’autre, s’affrontent d’un regard haineux dans un duel absurde. Chacune pourrait céder le passage à l’autre en reculant dans la rue étroite, mais leur blocage est mental. Certes, leur folle obstination est alimentée par l’environnement physique de la rue poussiéreuse, de la chaleur étouffante et d’une lumière aveuglante ; mais c’est surtout le voisinage borné, Saro Calafiore en père dominant et machiste en tête, qui envenime des rapports déjà explosifs. À partir de ce duel ubuesque, le film est une métaphore sur l’immobilisme d’une partie de la société italienne, engluée dans ses traditions patriarcales archaïques, pénétrée par la pègre et fermée aux évolutions sociales (émancipation des femmes, homosexualité) : personne ne bouge, rien n’avance ni ne recule. La rue reste une impasse alors que son élargissement progressif à l’image pourrait dénouer l’embouteillage. “Pour que tout reste comme avant, il faut que tout change”, dit Tancrède au prince Salina du Guépard. L’avancée de la voiture de la vieille Samira vers un précipice illustre le danger qui guette ceux qui s’enferment dans le conservatisme. Telle une parodie de western tragi-comique (volant/pistolet, levier de vitesse/gâchette) à la fin aussi inattendue qu’ouverte, Palerme est un huis clos féroce et pétri d’humour, qui réjouira un public fan du cinéma italien d’antan. _M.T.