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Only Lovers Left Alive

Comme le Lars von Trier de Nymphomaniac, ou, dans un autre registre, le Brisseau de La Fille de nulle part, Jim Jarmusch donne ici le sentiment d’être à un tournant de sa carrière de cinéaste. En effet, cette carrière est tellement riche qu’elle pourrait sembler devoir fatalement se diriger vers une période moins féconde. Dès lors, comment parvenir à se renouveler et continuer à créer avec la même fougue qu’à ses débuts ? Telle est la question qui traverse Only Lovers Left Alive de bout en bout. Car, à travers ses deux personnages de vampires modernes, Jarmusch tente de sonder l’inéluctable passage du temps, et s’interroge sur le rôle de la création artistique comme promesse d’éternité, seule capable de nous empêcher de sombrer dans une mélancolie sans fond. Les vampires de son film ne sont pas les légendaires créatures des films d’épouvante, mais des symboles du temps qui passe, de simples témoins de l’enchaînement des époques et de l’évolution de l’humanité. Blasés à force d’avoir vu, écouté et compris trop de choses, ils semblent avoir perdu tout goût à la vie… À l’image d’un réalisateur ayant déjà filmé – bien des fois ! – ses fantasmes. Et pourtant, Jarmusch trouve de l’inspiration dans chaque séquence, en lorgnant tour à tour du côté de la romance ou du film de genre, dont il détourne les codes avec une ironie très rafraîchissante (les personnages s’appellent Adam et Eve, c’est en fait Marlowe qui a écrit l’œuvre de Shakespeare, les vampires mangent des glaces au sang…). Cette déprime sourde que le réalisateur tente de capter est filmée avec une lucidité et une ironie telles qu’à l’arrivée, on obtient un film surprenant, envoûtant, profondément triste mais non dénué de drôlerie. Bref, un film réussi. _F.B-P.