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Of Men And War

Entre 2000 et 2003, L. Bécue-Renard, invité aux séances de thérapies de groupe de la psychothérapeute T. Ibrahimefendi, avait longuement filmé quelques femmes de Srebrenica, aux vies brisées par la guerre. Il en résulta De guerre lasses : un documentaire passionnant, hélas encore trop peu diffusé, dont Les Fiches saluèrent, en 2004, la pertinence et la sobriété. Dix ans plus tard, il propose de s’attacher à ces autres victimes des guerres que sont les survivants. Il ne s’agit plus ici des épouses ou des enfants des tués, mais des compagnons d’armes des combattants morts. Il ne s’agit plus de conflits de l’ex-Yougoslavie, mais des interventions de l’armée américaine en Afghanistan ou en Irak. Les traumatismes, souvent irréversibles, subis par les combattants, les séquelles terribles qui marquèrent ceux qui, comme on dit, “en sont revenus” (de la guerre du Viêtnam, surtout), ont déjà donné lieu, aux États-Unis particulièrement, à plusieurs films, documentaires et de fiction. Présenté comme le deuxième volet d’une trilogie, Une généalogie de la colère, celui-ci fera date. Le point de départ est comparable à celui de De guerre lasses, et la technique documentaire, identique. En 2008, L. Bécue-Renard posa sa caméra au tout nouveau Pathway Home, centre californien où le thérapeute Fred Gusman et ses collaborateurs travaillaient à “réparer” les soldats victimes de syndrome de stress post-traumatique (PTSD), qui se traduit par des hallucinations, des accès de violence, des peurs, des pulsions suicidaires… et à accompagner et faciliter leur réinsertion. Mais, auparavant, il était venu seul, plusieurs mois durant, sans matériel ni équipe, pour se familiariser avec les lieux et les hommes et, surtout, gagner leur confiance. Puis il s’installa discrètement, filma tout d’abord les séances de thérapie de groupe : les uns parlaient, d’autres non, les crises furent nombreuses, certains, à bout de nerfs, ont craqué. L’un d’entre eux, par la suite, mit fin à ses jours. Puis, s’attachant, sans jamais s’imposer de quelque manière que ce soit, à quelques-uns des patients, il put patiemment (le tournage s’étala sur quatre ans) recueillir des témoignages de plus en plus personnels, des confessions, sortant du centre, retrouvant parfois chacun dans le quotidien de son environnement familial (épouse, enfant), où la réinsertion est également difficile pour les proches. L’un joua du piano, un autre évoqua comment il a pu, peu à peu, “apprivoiser” sa fille, d’autres ne se livraient pas… Et la guerre était toujours présente, revécue. Inoubliable. Comme l’écrivit Marine Quinchon dans notre numéro consacré au Festival de Cannes de 2014 (où le film fut présenté Hors compétition), “la guérison ne va pas de soi. Quand nous les quittons, tous n’ont pas retrouvé la sérénité”. Quand nous les quittons, en tout cas, nous avons senti, réagi, compris. Le résultat, pour nous spectateurs, est à la hauteur du travail sobre, patient et approfondi du réalisateur, un travail admirable qui nous rappelle, opportunément, combien réussir un vrai et bon documentaire est un art difficile ! _Ch.B.