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No Gazaran

Doris Buttignol (Voyages en mémoires indiennes, 2005) et Carole Menduni sont allées sur le terrain pour rendre compte des luttes contre le gaz de schiste. Elles ont traversé l’Atlantique afin d’interroger ceux qui, au Québec et aux États-Unis, sont confrontés au désastre. Il y a, par exemple, 71 000 puits en Pennsylvanie, l’un des dix États sinistrés depuis le règne des Bush et de Dick Cheney, responsable chez Halliburton, la multinationale pétrolière aux 21,5 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2012. Là-bas, certains habitants ne peuvent plus boire l’eau “potable”, définitivement contaminée. Mais c’est surtout en France que les réalisatrices ont filmé, de décembre 2010 à début 2013, les manifestations populaires, avant tout en Ardèche (Villeneuve-de-Berg, Alba-la-Romaine, Privas) et en Seine-et-Marne (Jouarre). Leur documentaire, visuellement assez peu créatif, choisit de laisser sobrement la parole aux protagonistes de la lutte, plutôt qu’aux partisans de cette énergie comme le Polonais Sonik, interrogé au parlement européen. S’expriment donc quelques ténors de la politique (José Bové, Corinne Morel-Darleux, Corinne Lepage…), des élus locaux et surtout des militants associatifs. Car le film se revendique ouvertement militant, comme une sorte de contrepoison à la propagande en faveur du gaz de schiste des politiciens et des médias liés à notre société de consommation. Le lobby pétrolier est tellement puissant qu’il peut encore faire rejeter un moratoire à Bruxelles ou faire limoger une ministre à Paris (Delphine Batho s’en explique)… Les réalisatrices écoutent des spécialistes souligner les mirages économiques de cette industrie (Robert Pili casse le mythe de l’indépendance énergétique en rappelant que celle-ci n’est en fait qu’une affaire de “big business”) et les dangers de la fracturation hydraulique. André Picot explique que les produits utilisés (benzène, formaldéhyde, oxyde d’éthylène, chrome), et donc rejetés ensuite dans l’environnement, peuvent provoquer des leucémies : cette technique est donc criminelle. La mobilisation à l’approche des présidentielles a permis de faire voter la loi Jacob le 13 juillet 2011, qui interdit en France la fracturation hydraulique (les Bulgares nous ont suivis en janvier 2012), mais pas l’exploration et la recherche sur le gaz de schiste, comme le rappelle François Hollande en novembre 2012. Le film se recentre ensuite sur Jouarre, la journée Portes ouvertes à Hess Oil France et le débat public. Car on en revient à ce leitmotiv : voilà une activité économique qui échappe aux citoyens, sans qu’ils ne soient jamais consultés ! Et le monde des affaires, allié au pouvoir politique, n’a pas dit son dernier mot. Sommes-nous devant une faiblesse ou un mensonge d’État ? Hervé Kempf analyse comment l’oligarchie au pouvoir ignore la démocratie. Il ne reste plus aux citoyens qu’une “logique de résistance”. C’est pourquoi certains d’entre eux sont prêts à bloquer les explorations, comme ils l’annoncent lors du sit-in contre MouvOil à Privas, où l’on entend le mot d’ordre qui donne son titre au film. Même si c’est illégal, ce n’en sera pas moins légitime. “Touche pas à ma roche-mère !” _M.B.