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Ne Pas S’avouer Vaincu

Daniel Serrano, 94 ans, vit en France, à Bobigny, d’où il tente de faire reconnaître la figure de son frère, Eusébio, mort en 1941 dans son village de La Torre, en Espagne, assassiné par les phalangistes pour ses positions républicaines. Daniel Serrano est un vieil homme qui se soucie peu de son âge. Qui dit qu’il luttera jusqu’à sa mort pour faire honorer son frère et toutes les personnes qui, en 1936, ont défendu la légalité d’un gouvernement démocratiquement élu. Alors Daniel Serrano écrit inlassablement aux autorités de son village natal, au maire et à son conseil municipal, pour demander que soient retirées les plaques portant les noms de membres de la Phalange, comme cette rue José-Antonio Primo de Rivera, qui, quatre-vingts ans plus tard, perpétue la mémoire du fondateur du groupe d’extrême droite, comme ce collège Juan-Aguado, autre phalangiste et franquiste notoire. Mais, si Serrano est bien la figure centrale de Ne pas s’avouer vaincu, ce n’est pas seulement la formidable combativité de ce vieil homme que les deux réalisateurs, Susana Arbizu et Henri Belin, mettent en avant, c’est aussi l’impérieuse nécessité du souvenir, que réclament toutes les victimes de toutes les guerres. Or, ce qui apparaît dans ce documentaire, c’est que l’Espagne d’aujourd’hui est très loin d’avoir fait son travail de mémoire. Jusqu’en 2007, elle préfère même ignorer son passé, une tentative d’enfouissement qui ne prend fin qu’avec une loi a minima, votée par le gouvernement Zapatero mais qui, aux yeux des descendants des républicains, apparaît presque comme contraire à ses intentions, tant elle dédouane l’État espagnol de ses responsabilités. On pense évidemment à la France, qui ne reconnaît qu’en 1995, grâce à Jacques Chirac, alors président de la République, la responsabilité de l’État français dans la déportation des Juifs de France. On pense à l’Afrique du Sud et à sa commission de vérité et réconciliation, deux mots associés qui disent bien que le second n’est possible qu’accompagné du premier. Or la vérité en Espagne n’est toujours pas dite. Pire, d’après les témoignages recueillis par les réalisateurs, la peur est encore présente dans beaucoup de villages. Comme si la jeune démocratie n’avait, pour l’instant, pas réussi à effacer le climat instauré par la dictature. Comment expliquer sinon l’ignorance de ces adolescents qui semblent ne rien savoir de leur propre histoire, non pas par désintérêt, mais parce qu’elle ne leur est tout simplement pas enseignée. Le documentaire vient pointer du doigt les manquements inexcusables d’un pays pourtant démocratique. Il trouve son efficacité grâce à la figure ultra attachante de son héros. En cela, ce film politique est réussi, mais il ne doit pas nous dédouaner de nos propres errements. Il doit nous faire réfléchir sur notre rapport à notre propre histoire (la guerre d’Algérie est un exemple) et sur la capacité de n’importe quel pays à vivre apaisé parce qu’il a fait disparaître ses propres fantômes. Ce que nous dit Ne pas s’avouer vaincu, c’est que cette réussite est au prix d’une obstination perpétuelle, et qu’il faut, à l’instar de Daniel, toujours renoncer au renoncement. _D.N.