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Naguima

Janna Issabaeva connaît avec Naguima et son très petit budget (50 000 dollars), sa première sortie en France, après déjà quatre longs métrages. Ce film d’une implacable sécheresse, où le verbe et l’action sont retenus jusqu’au vertige pour dire la douleur de n’être rien, montre la vie atrocement aride, dépourvue de joie, de deux orphelines de 18 ans. Or, si la grandeur des nations se mesure au soin et à l’attention qu’elles savent prodiguer aux plus fragiles d’entre leurs concitoyens, voici ici un portrait à charge du Kazakhstan, cette ancienne province soviétique d’Asie centrale, indépendante depuis 1991 mais non affranchie d’un régime présidentiel autoritaire. Ici, nul autre espoir pour ces deux âmes blessées que l’atroce retour du même, raison pour laquelle Naguima sacrifie l’enfant d’Ania, dans un geste à la fois de folie, de mystique et de rapport miroir. Pourquoi souffrir, interroge celle qui sait déjà que tout est vain face au nourrisson qui l’ignore encore. Car tout ici est rapport de violence, de soumission et d’asservissement, dans une indifférence où toute tendresse a déserté, où la mère rejette son enfant implorant, le patron brutal sa salariée soumise et le médecin blasé sa patiente agonisante. Certes, on ne sort pas indemne d’un pareil film, porté par deux comédiennes spectaculaires, elles-mêmes trouvées par la réalisatrice, qui souhaitait des profils pleins d’aspérités, dans un orphelinat. De fait, on ne saurait dire si ces deux jeunes femmes sont belles ou laides, mais quelque chose dans le délié tragique de leur corps ne ment pas à l’écran, laissant le spectateur presque un peu trop ébranlé pour bien saisir l’intention exposée. _N.Z.