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Moment Et La Manière

Le choix du moment où quitter sa vie et la manière d’y parvenir, lorsque la maladie est clairement, sans conteste possible, incurable et son issue, certaine : tel est le sens du titre de ce documentaire, et du combat d’Anne Kunvari. Un combat implicite (ce film n’est jamais, Dieu merci, ouvertement militant) pour ce droit à la mort dans la dignité, si souvent évoqué en France, si souvent évacué aussi par le législateur et les gouvernements. Une question sensible, maintes fois discutée et disputée. Une question qui doit toujours faire (un peu ?) peur puisque ce court film, formaté (durée, montage, images…) pour la télévision, pour laquelle Kunvari a réalisé moult solides documentaires sur des sujets variés depuis 2001, nos chaînes nationales n’ont pas voulu contribuer à sa production. Alors, produit et réalisé grâce à de multiples petits financements, il sort en salles, et, espérons-le, pourra connaître une diffusion autre que confidentielle (à la télévision un jour, qui sait ?). Il le mérite amplement. Pas de débat plus ou moins houleux entre spécialistes, pas de reportage in situ. Le parti pris de Kunvari a été beaucoup plus simple et périlleux à la fois. En 1998, Anne Matalon, amie de longue date de la réalisatrice, a été atteinte d’un cancer. Toutes deux décidèrent quelques années plus tard de mettre en film sa vie de malade au cancer devenu “chronique”. La première moitié du film nous montre ce quotidien, les contraintes que la maladie impose, les ruses qu’il faut pour les déjouer, les réveils difficiles devant le miroir… Moments ponctués par une rencontre avec le docteur Élisabeth Angellier, son amie et première oncologue traitante, ou les réunions du groupe de discussions et d’échanges qu’elle a formé avec d’autres femmes atteintes du même mal. Une première partie sans concessions, mais tendre, sereine, car encore emplie d’espoir : vivre avec un cancer chronique, c’est encore vivre, et, c’est possible, les traitements semblant efficaces pour le stabiliser. Mais bientôt, tomba le verdict : la maladie a été la plus forte. À la demande d’Anne Matalon, Kunvari a repris sa caméra, pour cette fois, en plein accord et en pleine coopération avec elle – il faut insister sur ce point essentiel – filmer sa fin inéluctable. Une fin, surtout, qu’elle avait préparée, voulant en contrôler tant “la manière” que “le moment”. Mais les faits en décidèrent autrement. Son amie Élisabeth Angellier était loin de France, le service de l’hôpital Saint-Antoine, où elle avait prévu d’être accueillie, au complet, et le centre de soins palliatifs, où elle dut se résigner à aller, plus que médiocre. Et la loi française, toujours pusillanime. Des heures très dures, des images très dures aussi, même éclaircies par de chaleureux moments, même si la caméra reste toujours respectueuse et empathique. Ce n’est pas tant l’issue, attendue, que “ces conditions de sa fin de vie, cette impossibilité de choisir, cette dépossession de soi-même” (Anne Kunvari) qui créent un profond malaise. Un documentaire qui ne peut que faire réfléchir, et peut-être plus : “Il y a des idées qui font sursauter les autobus” écrivit Cendrars. _Ch.B.