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Michael Haneke

D’Amour, en 2012, au Septième continent, en 1989, Michael Haneke – Profession réalisateur parcourt à rebours la filmographie du cinéaste autrichien, à travers des extraits de ses films, des reportages sur ses tournages et une série d’interviews réalisées tout au long de sa carrière. D’emblée, dans l’entretien le plus récent qui ouvre le documentaire et fait office de fil conducteur, Michael Haneke fixe les limites de l’exercice : affable et disert, il n’en demeure pas moins rétif à toute analyse de son œuvre, se refusant à toute forme d’explication psychologique, sociologique ou surtout biographique. Chacun de ses films se suffit à lui-même, dit-il en substance, et rien ne doit venir biaiser la lecture qu’en fera le public. Par avance, Michael Haneke verrouille donc ses réponses pour que ses commentaires échappent au piège de l’intentionnalité. Cette impossibilité à faire parler Michael Haneke – et donc, dans une certaine mesure, à réaliser un film sur/avec lui -, aurait pu donner lieu à une captivante joute oratoire entre intervieweur et interviewé, dévoilant ainsi, en creux, quelque chose de la personnalité – au choix, rigide ou pudique – du cinéaste. Mais Yves Montmayeur, monteur de la plupart des making-of des films de Haneke, semble par trop fasciné – ou vampirisé – par son sujet et choisit une forme d’esquive qui finit par ressembler à un contre-sens. Il distille, en effet, d’autres interviews du cinéaste et de ses comédiens qui, réalisées lors de la sortie des films, pendant leur présentation au festival de Cannes ou sur les tournages, s’en tiennent au seul registre promotionnel. En guise d’analyse, Michael Haneke se résume alors à un catalogue de phrases-chocs et d’explications clé en main, pour le moins frustrantes. Dommage… Autre parti pris aussi incompréhensible que regrettable : si le documentaire se présente comme une monographie exhaustive, il fait inexplicablement l’impasse sur Funny Games US – alors que, en pleins repérages pour Caché, Haneke ironise sur le cinéma américain et les propositions affligeantes qu’il a reçues d’Hollywood. Les passages les plus intéressants du film sont finalement ceux qui montrent les tournages d’Amour, du Ruban blanc, de Caché, de La Pianiste ou de Code inconnu. S’ils empruntent, eux aussi, au registre promotionnel, ces extraits de making-of n’en témoignent pas moins avec évidence de l’exigence, du sens du détail, de l’autorité et aussi d’une certaine forme de facétie et de plaisir…, en un mot de la jouissance d’Haneke au travail. Il faut voir ce dernier diriger avec gourmandise Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva ; il faut le suivre dans la préparation du long plan-séquence inaugural de Code inconnu. Il s’impatiente, recommence, s’en prend à un figurant, tyrannise acteurs et techniciens, recommence encore, avant de s’avouer enfin satisfait. Ces séquences rappellent les belles heures du magazine télévisé Cinéma Cinémas de Claude Ventura, Anne Andreu et Michel Boujut. Pas de commentaire, pas d’analyse, pas d’interview : elles éclairent simplement le créateur, plutôt que de chercher à expliciter la création. _C.L.