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Mercuriales

Poursuite du projet topographique et poétique de Virgil Vernier. Si l’auteur fait toujours du réel son matériau premier (voici la ville, voici la France, voici le monde : Mercuriales succède notamment à Orléans et Andorre, courts métrages aux titres déjà programmatiques), c’est pour en donner une vision diffractée, faisceau de correspondances visuelles (cette tour à la forme étrange que l’on discerne au loin, évoque-t-elle plutôt un phare, une soucoupe volante ?). Le cinéaste réchauffe ici son système formel au contact d’un duo d’actrices épatantes, petites sœurs des héroïnes d’Orléans. Comme dans celui-ci, où la figure de Jeanne d’Arc entrait en résonance avec le quotidien de deux strip-teaseuses, Vernier navigue entre facture documentaire et embardées oniriques (soulignées par la bande-son de James Ferraro, tout en nappes synthétiques tour à tour noisy et atmosphériques), contemporanéité du propos et « histoires des temps anciens » (pour reprendre l’expression d’un personnage), légendes urbaines et faits divers, contes de fées et commentaires sociologiques, danses traditionnelles et chorégraphies de pole dance, amourettes enfantines et inserts pornographiques. Et, s’il s’en tient d’abord au décor de son titre (les Mercuriales, donc, tours jumelles de bureaux, sises à Bagnolet), c’est pour élargir bientôt son champ d’investigation, interroger l’urbanisme ou l’histoire récente de l’Europe. Mercuriales est ainsi l’œuvre d’un plasticien, capable, dans un même mouvement, de capter le réel et, pourquoi pas, de le réenchanter. Soit l’ici et maintenant de l’Occident comme matrice (et produit) d’une infinité de récits. Si ce monde est indéchiffrable, reste à apprécier la profusion des signes qui le traversent. _T.F.