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Mé Damné

Astrid Adverbe est une comédienne que l’on avait jusque-là rarement eu l’occasion de voir à l’écran. Il y avait eu Insurrection/résurrection, Les Invisibles, Poursuite, puis Le Sens de l’humour et surtout, en tête d’affiche, Nuits blanches sur la jetée, primé cette année à Locarno. Ce moyen métrage, sa première réalisation, toute simple, fait partie de la tétralogie adverbienne “Fantôme du passé”, distribuée confidentiellement par le cinéma Saint-André des Arts. Son nom singulier est en fait un pseudonyme dont le film donne l’explication. La légende familiale, reprise par la presse, veut que le grand-père de la comédienne ait été ministre de Pétain. Ce n’est pas tout à fait vrai. Le Comte Alain de La Cropte de Chantérac, marié à une riche héritière de la famille du Duc Decazes et appelé le “prince-paysan”, avait fondé le journal L’Effort paysan. Il fut en fait appelé par le gouvernement de Vichy à siéger au Conseil national, en tant que syndicaliste agricole du Tarn. Être conseiller n’est pas être ministre ! Il n’empêche, cette famille de terriens et d’écrivains est bel et bien ancrée à l’extrême droite, ce qui n’est pas facile à assumer pour ceux de ses membres qui n’épousent pas ces valeurs… C’est le cas d’Astrid, et l’on comprend donc qu’elle ait voulu connaître le “vilain petit canard” de la famille : son oncle, qu’elle n’avait jamais rencontré, François de Chantérac, 87 ans, l’aîné d’Alain et malgré cela lecteur de L’Humanité. François a rompu avec sa famille très tôt. Il l’explique tout au long de cette promenade-discussion avec sa nièce. Il a été mis en pension très jeune et ne rentrait même pas pour fêter Noël en famille (son père était absent et sa mère malade). Quand il voulut se marier avec Geneviève, son amie d’enfance, son père s’y opposa, car sa famille bourgeoise n’avait pas de particule et n’était pas du même bord politique. Ils se marièrent néanmoins, sans les Chantérac, et François ne retourna jamais dans sa famille. Ils forment aujourd’hui encore un couple heureux et complice, comme on peut en juger. Quand Astrid les emmène à Florentin, devant l’ex château familial, François refuse d’y pénétrer. Cette brouille familiale ne l’a pas empêché de vivre une vie citoyenne bien remplie, en plus d’être un “ouvrier de la terre”. Il siégea 25 ans au Conseil municipal, et fut 36 ans président du syndicat d’électrification. En 1976, ses frères (ceux-là même qu’il protégeait quand il était en pension) ont publié un communiqué dans la presse locale et dans L’Aurore pour clamer qu’il souillait le nom de leur famille par son engagement à l’extrême gauche (François était alors au PSU). Cet article a beaucoup marqué François, et s’il en rit aujourd’hui, c’est parce qu’il se rend compte qu’il a eu “une drôle de vie”. Il préfère lire à Astrid une autre lettre de son frère, plus personnelle, qui réveille une certaine nostalgie de l’enfance. Ce François, sorte de sosie de Paul Crauchet, est bien un homme simple, un humble qui prend la vie du bon côté, regrettant seulement qu’une vie soit trop courte pour connaître deux Front Populaire. Astrid Adverbe dédie ce film à son père, tout en avouant qu’elle le fait pour racheter la faute de ce dernier. _M.B.