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Mateo Falcone

Il faut ne pas manquer de souffle pour filmer le vent comme le fait Éric Vuillard dans cette libre adaptation de Mateo Falcone, courte nouvelle de Mérimée aussi affûtée qu’un stylet, que le cinéaste a pris soin d’évider de ses éléments spécifiquement corses pour en proposer, on l’imagine, une lecture plus universelle. Essentiellement filmé du point de vue de l’enfant, radicalement elliptique et laconique, posté à l’intersection du Vent de Victor Sjöström et du travail des Straub, ce premier film s’apparente à un épisode mythologique sans dieu, un chapitre où la puissance des divinités, leur désinvolture, ne sauraient justifier la condition tourmentée des hommes. Entre la rudesse du paysage et l’aridité de l’âme, le lyrisme et le dépouillement, la solitude d’un enfant joue au chat et à la souris avec les ombres et la lumière, la course des nuages, la peur et l’audace, la convoitise et l’ingénuité. En 65 minutes ouvertes à tous vents, Mateo Falcone ne transige sur rien, n’arrondit aucun angle. L’homme est un monstre comme un autre, les soldats n’ont que la mort dans leur sillage et la foudre n’a aucun encombre à frapper en plein soleil. Écrivain exigeant, scénariste de Philippe Grandrieux, Vuillard a précisé, ici et là, avoir voulu montrer l’injustice du sort fait à Fortunato, nom de l’enfant dans la nouvelle. De ce strict point de vue, il n’est pas certain qu’il y soit exactement parvenu, même si l’honneur, motif du texte, est ici totalement éludé. Son propos n’en devient que plus profond. Quoi qu’il en soit, Mateo Falcone reste un magnifique poème cinématographique, dont il est réjouissant qu’il ait fini par trouver le chemin des salles. _R.H.