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Match Retour

Match retour, quatrième long métrage de Corneliu Porumboiu (auteur des splendides 12h08 à l’est de Bucarest et Policier, adjectif), dure en tout et pour tout 97 minutes. Soit, montrées en un seul et unique plan, les deux mi-temps d’une rencontre de football, que commentent en voix off le cinéaste et son père (lequel n’est autre que l’arbitre du match). En l’occurrence, l’un des innombrables derbys – ici, nous sommes en décembre 1988 – ayant opposé les deux équipes-phare de Bucarest, le Dinamo et le Steaua (alors au faîte de sa maîtrise, vainqueur, deux ans plus tôt, de la Coupe d’Europe des Champions), grand classique du championnat roumain. À l’image, le film accouche d’abord d’un curieux ballet, dont le terrain, couvert de neige, enregistre les traces, voyant se former à la longue des tâches sombres et boueuses, lesquelles désignent les zones les plus âprement disputées (pas besoin pour cela des logiciels de modélisation numérique aujourd’hui employés, s’amuse Porumboiu père). Outre le spectacle de la rencontre elle-même, plutôt technique, malgré les conditions climatiques et quelques tacles rugueux (et, pour les aficionados, la présence, côté Steaua, de Gheorghe Hagi qui, plus tard, ferait le bonheur du Real, du Barça, et surtout de Galatasaray), mais guère trépidant (“Tu ne trouves pas que ça ressemble à mes films ?, demande le fils à son père, c’est long et il ne se passe rien…”), le film est l’occasion de dresser l’inventaire des forces – politiques autant qu’athlétiques – en présence. D’un côté, donc, le Steaua, favori de l’armée et de la famille Ceaucescu et, de l’autre, le Dinamo, traditionnellement soutenu par les services secrets. Soit une évocation historique par la bande, où s’esquisse le portrait d’une Roumanie pré-révolutionnaire (le régime de Ceaucescu tombera quelques mois plus tard), via la mise en scène du match elle-même : les opérateurs, explique Porumboiu père, filment les tribunes chaque fois que, sur le terrain, se produisent des échauffourées, honnies par le pouvoir pour leur caractère “anti-sportif”. Le film passionne plus encore lorsqu’il donne à voir – et à entendre – la philosophie de l’arbitrage d’Adrian : pourquoi siffler chaque faute et ainsi “couper l’action”, plutôt que de laisser l’avantage et encourager la “fluidité du jeu”, mots que pourrait reprendre à son compte, au hasard, un cinéaste ? Mais Match retour est aussi, plus simplement, l’instantané d’une époque révolue, d’autant plus frappant qu’il se présente, à quelques exceptions près, sous la forme d’une continuité temporelle, quand le filmage du football abuse aujourd’hui de replays et ralentis. Il y a ainsi quelque chose d’éminemment mélancolique dans les exhortations silencieuses du gardien à ses coéquipiers (le son des commentaires d’origine ayant été coupé), ou dans les protestations du joueur écopant d’un carton, visions d’athlètes tenaces, entêtés, mais semblant ici se battre moins pour le gain du match que contre l’oubli. “On peut revenir en arrière ?” demande le père au fils, souhaitant revoir une action litigieuse. “Non, on ne peut pas”, lui rétorque celui-ci – sa réponse porte alors, on le devine, bien au-delà d’une rencontre de football. _T.F.