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Master Of The Universe

Le cinéaste Marc Bauder est allé à la rencontre de Rainer Voss, ex-banquier d’affaires allemand, et l’a longuement interviewé dans un immeuble désaffecté de la ville de Francfort. Ce lieu, personnage à part entière du film, supporta l’effervescence d’une salle de marché, puis fut abandonné il y a six ans, suite à la fusion de deux banques. Un immeuble désaffecté, donc, pour ce curieux monde financier qui semble revendiquer l’absence d’affect, et que Voss dépeint comme un monde militaire. Le petit milieu des traders érige en loi toute une armada de règles implicites : ne jamais avoir de propos politiques, ne pas émettre de doutes quant aux méthodes de travail et, si votre supérieur vous annonce que vous allez avoir le privilège de travailler deux jours et deux nuits d’affilée, accepter sans broncher. Toujours faire montre d’une confiance absolue envers l’entreprise, qui a la générosité de vous employer et de vous verser de faramineux salaires. Et, bien évidemment, ne surtout pas se demander quel sens cela peut avoir d’acheter et de vendre des actions à longueur de journée. De sa tour de verre, Bauder contemple Francfort et se souvient que, d’un clic de souris, il pouvait ébranler un marché, voire un pays. Il pointe un immeuble et liste ses propriétaires successifs : City Bank, puis Merrill Lynch, puis Bloomberg. Aujourd’hui, il appartient à la chinoise Bank of Communications. Bauder se souvient encore. Oui, de sa curieuse tour d’ivoire, il contrôlait le monde ; oui, il se serait cru à bord à bord de l’Enterprise, le vaisseau de Star Trek. Il se souvient de 1986, l’année où Reagan et Thatcher se sont lancés, conjointement, dans une grande vague de privatisation, puis des Américains qui débarquèrent à Francfort, armés de leurs “innovations financières”, petits soldats qui œuvrèrent à la victoire de la finance sur l’économie réelle, ce qui, d’après Bauder, fut la condition préalable à la dérégulation. Il parle de son travail de l’époque comme d’un jeu. Il n’est pas sans évoquer un curieux geek qui s’amuserait à programmer des modèles financiers sous Excel, ou à inventer des obligations pétrolières. À ses yeux, la finance n’est autre qu’une guerre de l’information : il y a ceux qui savent et ceux qui ignorent. Ces derniers ont un temps de retard et se comportent comme des moutons de Panurge. Ceux qui savent vivent entre eux, résolument coupés du monde avec leurs salaires à six chiffres, passant leurs vacances aux mêmes endroits (Gstaad…). Poursuivons ce joli conte : avec les années, la finance se mit à générer des sommes si importantes qu’elle put se mettre à affronter des États. Pas n’importe lesquels : des États faibles. Il y eut la Grèce, puis