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Maïdan

En novembre 2013, à Kiev, en Ukraine, les manifestants pro-européens ont défié le pouvoir en place, incarné par le président russophile V. Ianoukovytch. 25 ans après l’effondrement du bloc soviétique, la question du rapprochement avec la communauté européenne est toujours délicate, V. Poutine n’appréciant guère les pays qui échappent à son influence. Depuis la place Maidan, lieu symbolique de la contestation ukrainienne, Sergei Loznitsa a filmé pendant plusieurs mois l’organisation de la résistance citoyenne, puis l’affrontement violent contre l’armée et la police d’État. Cette insurrection provoquera le départ du président, mais plus d’un an après, l’Ukraine n’est toujours pas tirée d’affaire. Qui a véritablement gagné la bataille de Maidan ? Depuis l’annexion de la Crimée par la Russie, il semble qu’après cette bataille, la guerre continue. À peine achevé, le film fut montré en 2014 à Cannes, lors d’une séance spéciale. C’est un retour du réalisateur, après un détour par la fiction (My Joy, Dans la Brume), à son genre de prédilection : le documentaire. Loznitsa a capté plusieurs moments-clés : l’organisation de la résistance, les meetings, la distribution des vivres et les combats de rue. C’est un cinéma en prise directe avec les événements, comme le travail effectué autrefois par Patricio Guzmàn sur La Bataille du Chili en 1973. Mais ici le parti pris formel est tout autre, soumis plutôt à une volonté de retranchement : pas de caméra à l’épaule pour être au plus près de l’action ou et donner une saveur de direct. Les plans sont longs, statiques comme des tableaux, et toujours d’ensemble. Cette configuration étonne dans un premier temps. Sommes-nous devant une posture cinématographique un peu vaine, assistons-nous à une révolution en marche racontée par des caméras de surveillance ? Non, car la beauté des compositions et un sens du cadre époustouflant valident la démarche. En faisant le choix exclusif du plan large, le réalisateur marque son désir de filmer un peuple, pas des individualités. C’est une volonté collective qui est ainsi captée, prise dans son ensemble. On peut interpréter ce choix comme un contre-pied aux principes de montage préconisés par Eisenstein quand il captait une autre révolution. Les plans volontairement longs concentrent les moments d’attente et les tâches répétitives, comme ils densifient les moments d’affrontement, où tout devient incertain et confus dans le cadre. Pas de commentaire, ce qui peut s’entendre comme une liberté laissée au spectateur de vagabonder dans le plan, mais ce qui peut aussi faire défaut, ne serait-ce que pour saisir la nature de ce qui se passe dans certaines séquences. La caméra est aussi une manifestante, et comme cette science du cadre est une façon de toiser le pouvoir, de lui faire face, elle sera la cible des bombes lacrymogènes l’obligeant, une seule fois, à détourner le regard. Film passionnant, aux partis pris cohérents et rigoureux, Maidan montre que, cette fois, le cinéma n’a pas raté son rendez-vous avec l’Histoire. _J.C.