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Mademoiselle Julie

La plus prenante des pièces de Strindberg, la plus violente, celle où la psychologie des personnages est la plus fouillée (avec La Danse de mort, d’inspiration très proche), fut portée au cinéma par Alf Sjöberg en 1950 (avec la grande Anita Björk) et Mike Figgis en 1999, chacun réalisant une version marquante de ce chef-d’œuvre. Liv Ullmann, qui déclara regretter de n’avoir jamais pu incarner le rôle-titre, propose à son tour sa Mademoiselle Julie. Lutte des classes nourrie de lutte des sexes (ce qui dominait chez Sjöberg), lutte des sexes sur fond de lutte des classes (la vision de Figgis) ? Ullmann a pertinemment équilibré les deux aspects de cet affrontement sensuel, brutal, mortifère, admirablement construit, qui n’a pris que peu de rides depuis 1888. Avec raison, elle a exclusivement centré son film sur les trois protagonistes de cette “tragédie naturaliste”, ainsi que la qualifiait Strindberg. La recréation méticuleuse de la vaste cuisine, pesante, obsédante, accentue la tension et le malaise. Ainsi, les seules faiblesses de cette adaptation, d’une grande fidélité à la pièce (en dépit de la transposition de l’action en Irlande), sont les séquences qui sortent du huis clos : l’apparition initiale de Julie enfant, et, malgré sa beauté, la scène où sa mort évoque celle d’Ophélie. Signalons enfin que rien ne tiendrait sans une direction d’acteurs exemplaire. Chacun, ici, traduit intensément la complexité, les contradictions et les failles de son personnage : Colin Farrell, étonnant, Samantha Morton, qui donne un rare relief à Kathleen/Christine, et Jessica Chastain, une Julie belle, provocante, fragile et désespérée, qui fera date. _Ch.B.