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Ma Fleur Maladive

Astrid Adverbe n’a pas vu Laetitia, qui était autrefois sa meilleure amie, depuis presque dix ans. Objectivement disparue de sa vie, elle n’en est pas moins présente à l’état de traces et de manques impossibles à combler, bien qu’elle ait tenté de la remplacer. Les raisons de cette évaporation, elles, appartiennent à un passé révolu, à tel point qu’elles n’existent pas, ou plus, dans l’esprit de la réalisatrice. Elle veut donc retrouver Laetitia pour comprendre les raisons de son départ et les responsabilités qui lui incombent. Cette quête est l’argument du film et le restera jusqu’au bout, malgré un écueil qui, existant dès le départ, ne sera pas surmonté – Astrid possède le numéro de téléphone de Laetitia, mais celle-ci ne répond pas à ses appels désespérés -, et malgré un autre obstacle, plus intériorisé celui-ci, et qui révèle, sinon la nature, la profondeur de sa “blessure à vif” – elle connaît son adresse mais a peur d’y aller. Après Mé damné, il est tentant d’imaginer que le motif de la rencontre constitue pour la cinéaste un cadre documentaire en soi, en passe de devenir sa signature. Pour se trouver cette fois dans l’impossibilité de mettre en scène ladite rencontre, l’objet de la quête va s’en trouver dévié. Au fil d’un cheminement solaire (nous sommes en été) procédant par étapes (qui sont autant de rendez-vous avec des figures périphériques de ce passé), Astrid Adverbe recompose la figure de Laetitia, la convoque par le pouvoir de la conversation, s’en remettant au souvenir (ou au contraire à son absence) de l’autre et à son jugement. À force de questions l’enjoignant à préciser la véritable nature de son désir, et qui révèlent la qualité fusionnelle de cette amitié, deux jeunes femmes, choisies pour coloniser un cœur dévasté par le vide que l’amie a laissé, vont achever de renverser le point de vue en même temps que la focalisation pour se resserrer sur la personne d’Astrid ; elle devient dès lors le sujet du documentaire, en ce que s’y révèle son rapport à l’amitié et son besoin irrépressible d’exclusivité, de possession de l’être aimé. La blessure indomptée se révèle narcissique, et la quête devient une sorte d’exploration intime, voire un autoportrait un peu complaisant. La succession sans doute chronologique de ces conversations nous fait avancer au même rythme que la cinéaste, bien que nous bénéficiions de la distance que suppose notre position de spectateur, laquelle nous fait appréhender ce parcours intime avec un léger temps d’avance. Le suspense de sa résolution est toutefois préservé au montage, qui adjoint à ce présent narratif deux autres temps : l’un, en hiver, avec les circonvolutions d’Astrid dans les rues de banlieue où vit Laetitia ; l’autre, incarné par la seule figure masculine du film, qui parachève l’autoportrait en s’y incluant et porte la possible morale du film (la personne intelligente, c’est toujours celle qui part). Trois temps qui culminent en un acmé foudroyant, disposé peu avant ce couperet plein d’une autodérision salutaire : les mots laissés par Laetitia sur le répondeur d’Astrid, “je ne veux plus jamais te voir”. Impudique et frappant, ce dénouement sert le film. _G.B.L.