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Love Is Strange

Voici un film tout en délicatesse, en touches impressionnistes, fines et précises, comme celles que Ben appose avec ferveur sur ses toiles. Une œuvre qui laisse aux situations le temps miraculeux de se poser, de s’épanouir, d’infuser, pour être au final physiquement ressenties par le spectateur mais aussi déployées dans la douce et lente temporalité de ces deux hommes, déjà âgés, certes, mais surtout paisibles et alignés. Ils n’ont plus rien à se prouver, savent désormais qui ils sont et combien ils s’aiment. Ils sont en somme l’expression d’un amour serein, structurant et durable, quand Elliot et Kate, au mitan de leur vie, regardent leur relation se fragiliser et que Joey, au seuil de la sienne, commence tout juste à aimer et à savoir le dire, sous l’œil complice et attentif de Ben. Dans chacun de ces trois cas, de ces trois perspectives, personnages et situations sonnent éminemment justes. Pourtant, il n’est pas ici seulement question de tendresse ou d’amour, à l’épreuve tant du temps que des aléas. En effet, Ira Sachs livre aussi un film radicalement politique, qui interroge sur la fragilité vertigineuse du système social américain comme sur le conservatisme religieux, toujours agissant, et les discriminations qu’il induit, même au cœur de cette ville-monde qu’est New York. New York, traité ici comme un personnage solaire, magnétique, plein et entier, dont ni Ben, ni George ne veulent s’éloigner, prouve une fois encore sa fabuleuse photogénie. Caressée d’une caméra amoureuse, la ville est magnifiée par la fascination qu’elle exerce visiblement sur le réalisateur, dont les plans semblent tous renvoyer à des toiles de Hopper (ce que Ben, en fou de peinture, aurait forcément apprécié). _N.Z.