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Ligne De Partage Des Eaux

Dominique Marchais poursuit ici son exploration minutieuse de la France. En 2009, Le Temps des grâces, documentaire à l’approche résolument historique, interrogeait le passé et l’avenir de l’agriculture nationale en revenant sur la période des Trente Glorieuses. Avec La Ligne de partage des eaux, le cinéaste part à la rencontre des différents acteurs situés autour du bassin versant de la Loire, c’est-à-dire la zone d’où provient l’eau qui se déverse dans le fleuve, des sources à l’estuaire. Ainsi sa démarche semble-t-elle, cette fois, s’orienter vers des questions géographiques. Il n’en demeure pas moins que ce deuxième film prend sa source dans le premier. De fait, c’est en interviewant un agriculteur pour Le Temps des grâces que l’auteur a compris que, pour parler des problématiques agricoles, celui-ci était amené à évoquer des questions d’urbanisme, de politique, d’organisation territoriale et d’écologie. Marchais part donc à la rencontre des acteurs qui contribuent à la modification et à la gestion des espaces, prend le temps d’interroger des paysagistes, des élus, des citoyens, des scientifiques, des éleveurs, dont il laisse les points de vue se croiser, tout en observant avec attention, ici les cours d’eau, là un vol d’oiseau, un rat musqué, une usine en bordure de rivière. Où l’on découvre, à l’écoute de jeunes gens occupés à recenser les moules perlières, qu’elles ne se reproduisent plus. Un agent de la police de l’eau nous apprend ensuite qu’avant les années 1920, on trouvait l’espèce en nombre – ainsi que des saumons, qui remontaient les cours d’eau -, et que les barrages ont modifié ce fragile écosystème. S’il n’est aujourd’hui pas question de revenir en arrière, de nombreux changements ont été constatés ces dernières années. Là où des éleveurs ont dû couper des arbres pour entretenir le ruisseau, par exemple, un excès d’ensoleillement a provoqué un réchauffement de l’eau et, par conséquent, la disparition des poissons. L’enquête continue tranquillement sa déambulation, à l’image des cours d’eau qui, inexorablement, se rejoignent. Un paysagiste évoque un problème de clôtures grillagées, à l’origine d’un sentiment d’enfermement ; parle de l’autoroute qui, à la lettre, dénature le paysage. La maire de Saint-Philbert de Granlieu, qui perçoit la politique comme un art du compromis – voué à satisfaire tout le monde -, condamne un champ pour construire des habitations regroupées. Enfin, lors d’une réunion, on découvre les intérêts que défendent les participants du SAGE, le Schéma d’Aménagement et de Gestion des Eaux. Marchais, en fin de compte, ne réalise pas un film sur l’eau, mais s’attache à montrer qu’à partir d’elle, il est possible d’évoquer toutes les questions d’aménagement du territoire, et met en scène des regards croisés pour dégager un espace commun, un projet partagé. Il démontre ainsi que les uns dépendent des autres, et peuvent s’efforcer de réparer le territoire qu’ils ont en partage. En signant un film résolument politique, dont la forme lente et consciencieuse permet la découverte d’un sujet dans sa globalité, il incite ainsi le spectateur à se forger sa propre réflexion. _G.T.