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Kumbh Mela

Le Kumbh Mela, le plus grand rassemblement spirituel au monde, a lieu tous les douze ans. C’est l’occasion pour des millions d’hommes, de femmes et d’enfants hindous de se réunir sur le Triveni Sangal, point de confluence de trois cours d’eau, dont le Gange, et d’y effectuer un bain rituel. Tous les 144 ans, comme ce fut le cas en 2013, l’alignement des planètes est tel que l’on prête au fleuve les plus grandes vertus. Ce sont alors, d’après les estimations, entre 80 et 100 millions de personnes qui se sont déplacées pour honorer leur foi au sein de cette mégalopole improvisée, s’étendant sur 55 km2. La démesure règne. Ce sont deux millions et demi de voitures à garer, cinquante-cinq jours de prières et de bains sacrés supposés donner assez de force karmique pour les douze années suivantes, et on ne connaîtra pas le volume de l’immense volute de ganja – le cannabis – produite par les dix millions de fumeurs présents. Il n’y a pas moins de 70 000 haut-parleurs qui égrènent, inlassablement, le nom des personnes disparues. Ainsi, on suit cette mère à la recherche de son fils : les kidnappings sont légion, les enfants étant restitués moyennant une petite fortune (400 dollars)… Quand ils ne finissent pas, plus prosaïquement, en pièces détachées pour le trafic d’organes. Pan Nalin s’attache plus particulièrement à suivre deux figures attachantes : celle de Yogi Baba, un sâdhu (saint homme) qui multiplie les postures rituelles (asanas) et a adopté un enfant de 2 ans, Bajrangi, pour lequel il nourrit une tendresse infinie. Et puis, celle de ce fabuleux gamin, Kishan Tiwari, qui ne doit même pas avoir 10 ans, et qui explique, frondeur, aux policiers indiens, ne pas vouloir devenir flic, mais parrain de la mafia… Lorsque ces derniers lui affirment qu’il a vu trop de films, il leur répond que c’est la réalité qu’il ne connaît que trop bien… De nombreux sâdhus le voudraient pour disciple, mais peu lui importe, il veut suivre “sa destinée”. Il ne possède que ses vêtements, et ce talisman qui le protège des serpents et des fantômes. Il se dit enfant des rues, mais il s’avèrera qu’il a fui le domicile familial. Au milieu de cet invraisemblable chahut – on croise, pêle-mêle, chats malicieux, éléphants bramant et vaches sacrées – le plus étonnant reste de voir apparaître un iPhone, objet d’une totale incongruité en ces lieux, seul trait de modernité de ce déroutant tumulte. Car en Inde, et plus particulièrement au Kumbh Mela, on est plus que jamais “ailleurs”. Un pèlerin gorgé de ganja déplore le règne de l’argent, le monde où l’on fait des études non pour se nourrir l’esprit, mais dans le futil espoir d’arriver à une certaine assise financière. Les sâdhus sont en quête de perfection, vivent dans l’ascétisme, font foi de credos éclairés : “beaucoup de prières, pas de nourriture”, à mille lieues de nos sociétés dévoyées par l’obsession de la consommation et de la jeunesse. Quelques axiomes murmurés çà et là : l’abandon mène à la connaissance de soi, c’est en donnant que l’on reçoit… Avec ce documentaire, Pan Nalin nous invite à plonger dans un étonnant bain de spiritualité, dont le spectateur occidental ne peut sortir que déboussolé, ému, inquiet, différent. _P-J.M.