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Jeune

Marieke, Soufiane, Fayed et les autres sont des “décrocheurs”. Ces adolescents et jeunes adultes furent en grande difficulté pour suivre un cursus scolaire et se sont peu à peu éloignés de l’école, quand l’Education Nationale ne les avait pas déjà exclus. Les causes de cette intolérance aux contraintes pédagogiques sont multiples : dyslexie, accidents de la vie, difficultés familiales ou sociales. Le réalisateur, Christian Zerbib, a proposé à vingt “décrochés”, repérés par les missions locales, assistants sociaux ou éducateurs, un stage d’initiation vidéo. Celui-ci aboutira à la conception d’un autoportrait audiovisuel. L’idée est de leur redonner la parole, et que cette parole ne soit pas filtrée. Regroupés dans un gîte, ces jeunes font connaissance, visitent des musées, entrée en matière à une réflexion sur le geste artistique. Par le biais de jeux de rôle, ils sont sensibilisés à la représentation de soi. Puis, ils acquièrent les rudiments de la technique de prise de vue. Enfin, c’est le moment de se mettre à l’œuvre. Le film est ainsi ponctué d’extraits de ces autoportraits, touchants de sincérité, souvent constitués de gestes artistiques et de témoignages de proches. Ce qu’ils expriment montre qu’ils ont déjà reçu de nombreux coups, assénés par la vie ou par leurs parents. Certains sont passés par des institutions spécialisées, ou ont dû accepter d’être stigmatisés comme handicapés. Car rompre avec la scolarité, c’est aussi rompre avec son environnement et ses amis. Comment, dès lors, se reconstruire un avenir ? L’autre versant du film donne la parole aux partenaires de l’opération, proviseurs, professeurs qui ne peuvent que déplorer que l’on manque de moyens et de temps pour accompagner et aider les décrocheurs. La présence d’un seul d’entre eux dans une classe peut la mettre en péril. On sait gré au film de nous avoir permis d’entendre la parole de ces jeunes, clairement individualisés et échappant à la catégorisation. Mais les belles idées généreuses ne font pas forcément de bons films si elles sont dès le départ convaincues de leur pertinence. On est donc désolés de devoir faire avec la forme assez volontariste du film, et surtout son absence de recul critique. Mais, quel que soit le degré de réussite d’une telle démarche, elle paraît bienvenue et nécessaire, car restaurer l’image de soi est un projet éducatif et cinématographique passionnant. Malheureusement, pour être trop militant, trop proche d’une opération de communication, le film échoue à être du cinéma. Tous les participants, sans exception, semblent enchantés de l’expérience. Elle paraît avoir ranimé un désir scolaire, ressuscité une envie d’apprendre et d’avancer. Personne n’a été perturbé par l’exercice ? Aucun jeune n’a renoncé ou tout au plus douté à une étape du processus ? C’est cette absence de contrechamp qui prive le spectateur d’un film fort. Très correctement composé, il ne cherche jamais à introduire un peu de complexité, de clair-obscur, dans son propos. L’aventure aurait été beaucoup plus belle si elle avait été parsemée d’embûches. _J.C.