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Je Reviendrai Comme Un Enfant

Qu’est-ce qu’un nom, que dit-il de notre appartenance à une communauté, de notre inscription dans une filiation ? À qui renvoie-t-il, et de quoi témoigne-t-il ? C’est la question qui traverse Je reviendrai comme un enfant, le nouveau documentaire de Christian Merlhiot (Slow Life, Le Procès d’Oscar Wilde). Il importe ici, dans un premier temps, de préciser le sens dans lequel doit être entendu le titre (traduction littérale d’une phrase entendue dans le film), en l’occurrence, non pas “je reviendrai à la façon d’un enfant” mais “je reviendrai sous la forme d’un enfant”. Accompagné de Nasri Sayegh, qui lui a tenu lieu d’intermédiaire, le cinéaste est, en effet, allé à la rencontre d’une communauté inuit de l’Arctique canadien, où la tradition veut que l’on attribue aux nouveaux-nés le patronyme d’aïeux disparus, l’âme des seconds investissant alors les premiers. La coutume exprime, davantage qu’un souvenir (le fait de nommer un enfant en hommage à un aïeul, pratique autrefois courante sous nos latitudes, n’implique pas pour autant de croire au retour des âmes), une survivance. Rien d’étonnant, dès lors, à ce qu’un père appelle son fils “belle-mère”, ou à ce qu’une grand-mère plaisante avec sa petite-fille, en laquelle elle croit reconnaître sa propre aïeule (“C’est moi la grand-mère maintenant, c’est à toi de m’écouter !”). Le film interroge donc, évidemment, la question du genre : voir un garçon affublé d’un prénom de femme (ou le contraire), c’est mesurer la façon dont le sujet ne s’est pas toujours borné, selon les époques et les sociétés, à de simples critères biologiques (n’en déplaise aux détracteurs des “théories du genre”), comme en témoigne la croyance en l’existence des “sipiniq”, ces nouveaux-nés changeant de sexe au moment de leur naissance (afin de satisfaire le désir de l’aïeul revenant), et celle selon laquelle, par voie de conséquence, on peut être tout à la fois un garçon (d’un point de vue biologique) et une fille (par l’âme qui nous habite), ou le contraire. Ce sont alors toutes les frontières qui s’estompent, la circulation des âmes d’un individu à un autre faisant coexister masculin et féminin, disparus et vivants, passé et présent, faisant de chacun un grand bouillon identitaire, sans que d’ailleurs cela semble poser le moindre problème (“Je me considère comme quelqu’un de normal”, répond une enfant à qui sa mère demandait si elle se sentait plutôt fille ou garçon). Le souci, c’est que le film, qui consiste pour l’essentiel en une succession d’entretiens, s’étire en longueur et donne à entendre des paroles redondantes. Et qu’il donne l’impression de négliger un peu, en comparaison, le tableau dressé en creux d’une société aux fondements bouleversés en quelques générations (le film s’appuie, notamment, sur un témoignage recueilli en 1975 par l’anthropoloque Bernard Saladin d’Anglure – celui d’une femme inuit, à l’époque où sa communauté avait d’ores et déjà basculé du nomadisme à la sédentarité). Selon qu’il entreprend de traiter uniquement de son sujet (ou tout à la fois de celui-ci et de la société dans laquelle il perdure), Je reviendrai comme un enfant est alors soit beaucoup trop long, soit excessivement allusif. _T.F.