Warning: Cannot assign an empty string to a string offset in /home/www/fdcprod/wp-content/themes/hague/inc/template-custom.php on line 161
Search for content, post, videos

Iranien

Le réalisateur Mehran Tamadon, Français d’origine iranienne, est allé sur la terre de ses origines afin de voir si la laïcité est un sujet sur lequel il est possible de réfléchir au sein d’une théocratie. Le film débute par des plans de fidèles réunis à l’heure de la prière dans une mosquée. Les doux murmures se muent rapidement en glaçantes incantations : “Khomeini est notre guide, à bas l’Angleterre, à bas les États-Unis, à bas Israël…”. Fin de l’introduction. L’auteur a rencontré plusieurs mollahs de la République islamique, et a tenté de les convaincre de dialoguer avec lui devant une caméra. L’affaire n’a pas été facile et il lui a fallu deux ans pour trouver quatre personnes prêtes à échanger avec lui, à réfléchir sur la façon dont ils pourraient, malgré leurs divergences de points de vue, “vivre ensemble”. Ceux qui ont refusé de se prêter à l’exercice lui ont opposé plusieurs arguments, dont celui-ci : l’Islam n’encourage pas forcément l’amitié avec les impies… Il s’apprête enfin à accueillir ses hôtes, prépare la maison de sa mère. Les débats peuvent commencer : ils dureront deux jours. Mehran affirme sa préférence pour une société laïque, ce à quoi on lui rétorque que la France, par exemple, prodigue une tolérance à deux vitesses, comme en atteste l’interdiction du voile à l’école. Le principe de laïcité semble absurde aux yeux de nos mollahs, puisqu’il serait la négation même d’une évidence : le monde a un propriétaire, et c’est Dieu. Les débats sur le voile reprennent : pour nos religieux, les femmes doivent respecter les hommes et donc se voiler, afin de ne pas les provoquer ; la société laïque qui interdit le port du voile n’est rien d’autre qu’une dictature, à leur sens. Par de subtils procédés rhétoriques, les mollahs renvoient sans cesse la balle à Mehran et, hélas, le débat prend des allures de joute oratoire, sorte de jeu un peu pervers, pratiqué par des gens que l’on imagine être de brillants exégètes de L’Art d’avoir toujours raison de Schopenhauer. Mehran est désormais surnommé “Le Dictateur” : le reductio ad Hitlerum, cher à Leo Strauss, est atteint, encore et encore. Il apparaît bientôt évident que nos cinq amis ne pourront jamais s’entendre ; notre supposée démocratie et une théocratie semblent bien incapables de parvenir à une discussion raisonnée. Mehran tente alors de trouver d’autres terrains d’entente et propose à ses hôtes de choisir, avec lui, des photos d’Iraniens emblématiques, dans le vain espoir de parvenir à une communion de valeurs. N’en découlent que de nouvelles heures de pourparlers… On essaie au moins de se mettre d’accord pour passer un disque ? Mais l’un ne veut pas entendre d’instruments (ces perversions), un autre s’oppose fermement à la moindre voix féminine. Rien n’y fait, l’idylle n’aura pas lieu. Forcément, lorsqu’une discussion n’évolue pas, une certaine lassitude se fait sentir et c’est bien là le défaut majeur d’Iranien. Chacun campant fermement sur ses positions, la tentative de dialogue ne débouche que sur un entrecroisement de monologues. Deux visions du bien s’affrontent mais ne s’éclairent pas mutuellement. _P-J.M.