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Institutrice

Dans ce deuxième long métrage, Nadav Lapid pose sensiblement la même question que dans Le Policier : comment faire entendre une voix dissonante, fragile, minoritaire, au milieu du tonitruant concert de vulgarité et de violence du monde contemporain ? Dans Le Policier il était question d’idées (politiques), ici il est question de beauté. Et Lapid ose appeler la beauté par le nom qui pourrait sembler le plus anachronique dans l’époque actuelle : la poésie. Cette poésie arrive au monde par le plus vulnérable des véhicules : un petit garçon de 5 ans, ponctuellement saisi par l’inspiration littéraire. Or, que peut-il bien advenir aujourd’hui d’un enfant élu par la beauté ? De ses copains d’école, il ne pourra apprendre que le langage de la haine et le nom des équipes de foot. De son père, il ne pourra apprendre que les rudiments de la loi du profit. De son oncle, il ne pourra apprendre que le renoncement. De sa nounou, il ne pourra apprendre qu’à prostituer son talent. Et même l’institutrice, que peut-elle pour lui, elle qui identifie le miracle mais semble animée de motivations dangereusement ambiguës ? Au cœur de ce film, il y a donc une question cruciale. Et pour la traiter, du cinéma partout. Car la beauté, ici, n’est pas que nommée par le scénario : elle déborde de l’écran. Chaque plan est une idée de cinéma, une émotion, un angle décalé pour regarder le monde. La forme combat contre le fond. Le récit proclame la défaite de la beauté mais l’image affirme sa résistance à chaque seconde. Même si elle est perdue d’avance, la poésie ne s’avoue pas vaincue : elle a mis ses plus beaux habits pour venir prendre la parole dans ce film, et tenter encore de se faire entendre. _N.M.