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Instinct De Résistance

Comment croire en l’homme après avoir subi l’horreur des camps de concentration ? Comment l’individu peut-il ensuite se reconstruire ? Doit-il parler, se taire, crier ou se révolter ? Telles sont les questions fondamentales auxquelles ce précieux documentaire de Jorge Amat tente de répondre. Marqué par la guerre d’Espagne, émigré en France depuis le coup d’État de Franco, ce fils de républicain espagnol, photographe, réalisateur pour le cinéma et la télévision, a recueilli les témoignages de quatre illustres Français rescapés des camps, grâce à quatre grandes figures espagnoles : 1) Luis Buñuel qui a permis à Amat de rencontrer Serge Silberman (1917-2003), producteur de plusieurs de ses films (mais aussi de Melville, Becker ou Kurosawa), qui fut déporté en mai 1943 à Birkenau. 2) Pablo Picasso, lien entre le réalisateur et Pierre Daix, journaliste et historien d’art, ami de Soljenitsyne, Soulages et Aragon, déporté à Mauthausen en 1944. 3) Garcia Lorca, dont Amat a découvert la poésie par le biais d’Armand Gatti, fils d’anarchiste italien et anarchiste lui-même, dramaturge et cinéaste (L’Enclos en 1960, premier film de fiction sur l’univers concentrationnaire), déporté à Lindemann, en Allemagne, en 1943. 4) “Les Indignados de la Puerta Del Sol” à Madrid, victimes de la crise économique actuelle, dont le nom est une référence au Indignez-vous ! de Stéphane Hessel (1917-2013), résistant, diplomate et écrivain militant, déporté à Buchenwald en juillet 1944. Le spectateur perçoit rapidement le point commun entre le sioniste, le communiste, l’anarchiste et l’ex-gaulliste : leur volonté instinctive de ne jamais plier devant l’oppresseur, quel qu’il soit. Alternativement, face caméra, les quatre vieillards dont les portraits de jeunesse apparaissent à l’image, relatent leurs parcours et expriment la nécessité impérieuse que fut leur engagement après avoir survécu, grâce au sacrifice de leurs camarades. Hessel évoque sa survie à Buchenwald, dont il s’évade à la faveur d’une substitution d’identité avec un prisonnier mort du typhus, le jour de ses 27 ans. Silberman, membre du comité de libération des détenus de Birkenau, échappe à la chambre à gaz en partie grâce à lui, en se faisant passer pour un ouvrier fraiseur. Daix est libéré des griffes d’Himmler par l’habileté du diplomate suédois Bernadotte. Gatti, habité par son amour pour Nicole, gazée à Auschwitz, se souvient de son “Nous ne sommes rien, soyons tout !” pour dédier sa vie à “l’homme plus grand que l’homme”. Les propos des narrateurs, parfois repris en voix off par Féodor Atkine, sont systématiquement illustrés par d’éloquentes photos et vidéos d’archives, peu connues du public. Se démarquant de l’approche mémorielle de Nuit et brouillard de Resnais ou de Shoah de Lanzmann, Amat opte pour un propos davantage tourné vers l’avenir, en valorisant l’espoir incarné par ces héros créateurs. Hessel parle de sa responsabilité militante face à son “nouveau bail de vie”. Gatti reste un passeur d’histoires à travers son théâtre, et les Indignés espagnols pleins de vitalité sont un bel exemple de résistance aux dérives du capitalisme. Un beau film à montrer aux jeunes générations. _M.T.