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Impenetrable

À la campagne, dès lors qu’on possède des terres un peu éloignées des grandes routes, votre voisin est tenu de vous laisser, via un chemin vicinal la plupart du temps, un libre accès à votre propriété. La même règle s’applique au Paraguay, petit État enclavé entre l’Argentine, le Brésil et la Bolivie. À cette réserve près qu’au lieu de vous adresser un petit signe de la main quand vous traversez son terrain, le voisin paraguayen préfère vous en interdire le passage en postant trois gardes imposants, armés, chapeautés et bottés, à chacun des chemins d’accès. De fait, votre propre domaine vous devient inaccessible, “impenetrable”. C’est ce qui arrive à Daniele Incalcaterra, un Italo-Argentin qui, comme son frère, a hérité d’un vaste rectangle de terres – acquis par leur père au début des années 1980, un ancien pion de la dictature – situé au milieu du Chaco, région autrefois boisée qui recouvre une bonne moitié du pays. Écolos avertis, les deux frangins ont décidé de céder ces 50 000 hectares au peuple indigène du coin, les Guarani-Nandeva et de filmer cette jolie BA, sans trop savoir à quoi s’attendre. Le scénario qui en résulte prend alors des allures de western. Venu de Buenos Aires régler ses affaires de famille, notre Daniele s’est ainsi retrouvé empêtré jusqu’au cou dans une affaire qui va durer des mois. Ne nous le cachons pas : on se fiche pas mal qu’avec ses airs de Michael Moore un Argentin aille jouer les Robin des Bois de pacotille au fin fond de l’Amérique du Sud pour laver sa conscience de nanti. Sauf qu’à partir d’une petite DV tremblotante, d’un montage cut et d’une certaine forme d’indolence, ce documentaire hameçonne bel et bien notre intérêt. Parce qu’on ne peut pas s’empêcher de se mettre à la place de Daniele Incalcaterra, débouté de toutes parts, notamment face aux explications tortueuses de l’administration. Daniele, en outre, a du répondant, et des amis influents du côté des Nations Unies. Ensuite, s’il doit céder sa terre – et accessoirement finir le film -, il n’est pas question pour autant de laisser Favero, le puissant autocrate du Chaco, le plumer. El Impenetrable démontre à la fois comment, hier, la dictature du Paraguay a roulé ses soutiens en vendant des terres au rabais, sans aucune garantie, et parfois une même terre plusieurs fois. Et comment, aujourd’hui, ceux qui ont bien profité de ce système, continuent à le faire au mépris des lois. Si le style du film laisse franchement à désirer – celui d’un cinéma direct, pris sur le vif -, il en fait aussi tout l’intérêt. Ne rien calculer, être là quand il le faut pour saisir la moindre expression, du visage, de la mauvaise foi. À l’instar de l’Amazonie, enfin, le Chaco est un “poumon de la planète”. Que ces grandes forêts du monde viennent à disparaître – leur dévastation va croissante – et nous ne respirerons plus de la même façon. Et si l’État renonce à garantir leur longévité, ce n’est pas seulement le peuple indigène qui s’en trouvera touché mais, indirectement, nous aussi. Du coup, on se rallie volontiers au combat que mène Daniele. Même si ce ne sont pas 50 000 hectares qui vont nous sauver. _M.Q.