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Homme Aux Serpents

Il a suffi d’une rencontre fortuite pour que le réalisateur Éric Flandin, habituellement connu comme reporter, se décide à partir en Colombie, caméra à la main, pour suivre le parcours de Franz Florez, dit “l’homme aux serpents”. En reprenant la tête de l’unique serpentarium de Colombie, qui tombait en ruines, Franz s’est donné pour vocation de sauver un maximum d’espèces tout en s’efforçant de transmettre à la population son intérêt pour la protection de la faune et de la flore colombienne. C’est dans un bus brinquebalant qu’il entreprend cette mission : un voyage long, semé d’embûches (et surtout de pannes) au cœur de la forêt amazonienne. Le film semble d’abord s’apparenter à un documentaire animalier un peu cheap mais plaisant : juché sur des plateaux TV, Franz fait découvrir ses drôles de bêtes aux habitants qu’il croise sur son chemin. Muni de son mégaphone, il annonce sa venue comme s’il s’agissait d’un cirque itinérant. Les réactions des visiteurs sont souvent les mêmes : craintifs dans un premier temps, ils finissent par manifester un certain intérêt avant, parfois, de mettre de côté leurs a priori sur les serpents. Cependant, le propos du film prend une tout autre tournure à mesure que l’on s’engouffre dans les profondeurs de la forêt et que nos propres idées reçues au sujet des serpents s’estompent. Plus qu’une simple attraction, les reptiles de Franz sont un laissez-passer. En traversant ainsi les frontières invisibles qui mènent au cœur du conflit, les serpents lui permettent d’entrer en contact avec tous les groupes vivant sur place, des militaires aux FARC, en passant par les paysans qui cultivent la coca. Le film est une suite de contradictions propre à mettre à mal nos préjugés : Franz n’est ni pro-militaire, ni pro-guerrillero. Il est avant tout partisan de son propre combat. Le cadrage qui, au début, semblait relever de l’amateurisme, prend tout son sens au fil du voyage, le matériel de tournage, peu conséquent (en l’espèce une simple caméra) s’avérant idéal pour entraîner le spectateur dans cet univers peu rassurant et pourtant fascinant. Ainsi, les préjugés sur chaque entité de la forêt tombent, pour laisser place à la nécessité de conserver la biodiversité colombienne, seule préoccupation de l’aventurier. Par l’intermédiaire de ses serpents, perçus d’abord comme un danger, Florez apprend à l’Homme à connaître et aimer le monde qui l’entoure et donc à s’inquiéter du sort de celui-ci. Usant de l’animal comme d’une métaphore, le réalisateur évoque une Colombie complexe, susceptible d’effrayer le néophyte, mais aussi porteuse de précieuses richesses. Éternel optimiste, Franz ne flanche pas lorsque plus rien ne semble lui sourire, et ne cesse au contraire d’espérer, malgré toutes les contradictions que soulève son propre combat. Ainsi la forêt serait-elle paradoxalement protégée grâce au conflit colombien : la paix retrouvée, elle serait probablement vendue au plus offrant. Alors, tel un héros solitaire, Franz continue de se battre, d’espérer qu’un jour, tous se mobiliseront pour une seule et même cause, celle de leur forêt. Un documentaire s’attachant à un problème actuel et qui n’est peut-être pas encore irréversible. _D.C.