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Holy Field Holy War

En Pologne, du gaz de schiste, on en trouve autant que de pubs en Écosse. Autrement dit, presque partout. On pourrait se figurer dès lors qu’il s’agit d’une aubaine, mais Holy Field Holy War démontre qu’il n’en est rien. En effet, et contrairement au gaz traditionnel, celui-ci est extrêmement malaisé à extraire et nécessite le recours au forage par fracturation hydraulique, procédé induisant d’importantes émissions de gaz à effets de serre, la pollution des nappes phréatiques… La Pologne est désormais devenue l’Eldorado des industriels avides de faire main-basse sur ce marché, ce qui ne plaît pas à tout le monde, notamment aux agriculteurs locaux, peu enclins à voir leurs terres polluées et leur environnement ravagé. D’autant plus que la surface agraire représente 60 % du territoire national. Ce pillage en règle s’effectue pourtant dans l’indifférence, loin des médias, en dépit de conséquences pour le moins préoccupantes. Lech Kowalski, cinéaste anglais, mais polonais d’origine, s’intéresse, lui, à tout ce que l’on ne voit pas, ou plutôt à ce que l’on se refuse de voir. Après avoir consacré ses précédents films aux sans-abris, aux toxicomanes, à la scène punk, il propose une nouvelle fois un gros plan sur une situation (volontairement ?) passée sous silence. De retour sur la terre qui a vu naître ses parents pour réaliser un film sans équivoque sur les effets funestes de l’exploitation du gaz de schiste, il pose sa caméra à l’est du pays, dans une région surnommée “les poumons de la Pologne”, où s’affrontent agriculture traditionnelle et agro-business intensif. Dans un premier temps, Kowalski compose une ode au monde paysan, en filmant, avec attention de superbes paysages naturels en proie à la destruction. À l’image du cinéma de Depardon, ses longs plans, que ne viennent commenter aucune voix off, s’imprègnent de la réalité ambiante, de l’essence même du sujet. Par conséquent, s’il ne fait pas mystère de ses partis pris, il ne cherche jamais à influencer le spectateur. Ce qui a pour résultat de rendre l’atmosphère du film encore plus oppressante. Le nerf de la guerre, à savoir le gaz de schiste, n’est pas évoqué d’emblée, il n’en est question qu’après un hommage à ceux qui travaillent la terre avec amour pour en vivre, non sans mal. Sous le regard stupéfait des fermiers, débarquent ensuite des engins en pagaille. Grâce aux entretiens avec quelques-uns des agriculteurs, on prend conscience des désastreux effets de cette colonisation : vibrations sismiques, installations de stations de forage à proximité des habitations, nuisances sonores, pestilences… Jusqu’à la disparition brutale des abeilles dans la région ! On assiste également au face-à-face (présenté sans manichéisme) avec les représentants des groupes américains venus prospérer ici, face auxquels le combat semble perdu d’avance. Entre paysans et industriels, il ne peut s’agir que d’un dialogue de sourds, dont le vacarme ambiant est le symbole. S’il paraît parfois austère et peu rythmé, Holy Field Holy War n’en fait pas moins œuvre utile en mettant en lumière une guerre sans pitié, menée au nom du profit, dont les surfaces agricoles font tout particulièrement les frais. _G.A.