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Heli

Ce troisième film d’Amat Escalante (Sangre, Los Bastardos) s’attache à dépeindre un Mexique sinistre, pays où livrer un témoignage à la police s’avère plus dangereux que se taire. Le mal arrive par Beto, jeune militaire, lui-même victime d’un entraînement barbare, où sa hiérarchie le force à se rouler dans son propre vomi et fait mine de lui plonger la tête dans des excréments. Dans ce pays qui semble habité par le mal, Estela, à peine pubère, fait déjà l’objet de convoitises : elle finira violée, puis enceinte, et de surcroît dans l’impossibilité d’avorter, car la loi l’interdit. Heli ne pourra lui rendre sa dignité qu’en exécutant le violeur. Gagné par le désespoir, Heli navigue entre hypperréalisme et irréalité. À l’image de cette scène où Sabrina, sans hurler – car seuls ceux qui ne connaissent l’horreur que de loin s’octroient le luxe de l’hystérie – découvre, dans sa maison saccagée, une traînée de sang sur le sol et, calmement, bat en retraite, pour ne s’effondrer qu’à l’extérieur. Ou de cette séance de torture pendant laquelle un gamin, horrible métronome, assène sur Beto des coups de batte de cricket tandis que sur l’écran de télé, en contrechamp, sonore puis visuel, le protagoniste d’un jeu vidéo mouline un glaive. En se répondant, les deux rythmes confèrent au plan sa surréelle étrangeté, véritable éclat de bizarrerie dans un film qu’un style photographique indexé sur la lumière naturelle rend ultra réaliste. Néanmoins – même s’il ne s’agit nullement d’instruire ici un procès en complaisance – dans certaines séquences Escalante semble faire le choix d’utiliser la violence comme un gimmick plutôt que de chercher à la problématiser. Mais il est vrai qu’en la matière, trouver la juste distance, le bon dosage, n’est jamais chose aisée. _P-J.M.